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SARS-Cov-2 : Quid de l’efficacité de la désinfection des rues?

SARS-Cov-2 : Quid de l’efficacité de la désinfection des rues?
Depuis la déclaration au Maroc de l’état d’urgence sanitaire du au Covid19 et l’obligation du confinement la population, les services techniques des villes marocaines effectuent régulièrement des campagnes de désinfection de l’espace public. Il s’agit là d’une des stratégies barrières entreprises par les autorités communales qui  témoigne de l’effort des collectivités territoriales dans la lutte contre Covid19. Des moyens humains et logistiques importants ont été alloués à ces opérations notamment des  pulvérisateurs manuels et mécaniques, et des produits désinfectants. Tous les espaces publics sont ratissés et désinfectés par une armée d’ouvriers communaux et ce de façon régulière. Places publiques, mobilier urbain, abris-bus, voiries, bus, taxis, administrations, … tout y passe. Partant du principe de précautions, les autorités communales participent à l’effort de l’Etat pour contrecarrer les effets du Covid-19 et c’est un effort fort  louable. Ces pratiques lancées pour la première fois, en Chine puis en Corée du Sud et d’autres pays notamment l’Iran et l’Espagne ont logiquement séduit les autorités communales marocaines. Toutefois deux questions se posent : Ces opérations sont-elles vraiment efficaces ? Quel est leur effet sur l’environnement et  sur la santé même des populations ? Rien ne permet de dire que le  lavage à grande échelle de l'espace urbain soit efficace pour empêcher le virus de se propager. En effet, on ne sait pas avec certitude combien de temps ce nouveau coronavirus, vecteur de la maladie Covid-19, peut rester sur les surfaces en extérieur.

Le virus peut-il survivre sur des surfaces?

Plusieurs études évoquent un délai allant de quelques heures à plusieurs jours (sur le plastique ou sur l'acier, par exemple), mais ces résultats doivent encore être confirmés scientifiquement. Par ailleurs, Il n’existe  à ce jour, aucune confirmation sur la survie du virus sur un support comme la voirie. En France, la désinfection des espaces publics a fait l’objet d’une grande polémique. D’ailleurs  peu de villes ont procédé à une  désinfection à grande échelle de leurs  espaces publiques. Le rapport de l’autorité sanitaire déclare par ailleurs,  clairement  que :
  • La désinfection des rues est inutile pour lutter contre la propagation du SARS-Cov2
  • Il n’est pas recommandé de « mettre en œuvre une politique de nettoyage spécifique ou de désinfection de la voirie, du fait de l’absence d’argument scientifique de l’efficacité d’une telle mesure », dans laquelle Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) voit uniquement « un impact psychologique sur la population ».
  •  Le HCSP déconseille la désinfection des voiries, il recommande  d’assurer le nettoyage et la désinfection à une fréquence plus régulière du mobilier urbain avec les équipements de protection habituels des professionnels . Par conséquent, bancs, rampes, poubelles, poteaux, barrières, et tout ce que l’on est amené à toucher dans la rue doit donc être désinfecté régulièrement pour éviter au maximum les contaminations.
  • Le HSCP mets en garde également contre l’utilisation abusive des produits désinfectants qui ont des effets potentiellement nocifs sur l’environnement mais aussi pour la santé des citoyens.

L'Usage massif des désinfectants

Par ailleurs rappelons que les biocides utilisés contiennent des substances actives qui seront dispersées dans l'environnement après ruissellement mais également via les réseaux de collecte des eaux pluviales ou d’assainissement. Leur impact, mais aussi celui des substances nocives associées à leur dégradation, pourrait donc dépasser la seule désinfection de rue. D'autre part, l'usage massif de ces produits désinfectants peut conduire à l'apparition d'espèces résistantes. C'est ce qui a été constaté pour d’autres produits chimiques comme les anti-moustiques dans de nombreux pays, ou encore en Europe avec le développement de l'anti-bio-résistance.

Que risquons nous ?

Au Maroc comme ailleurs dans le monde, l'utilisation de produits de désinfection, constitue un risque pour les riverains, une pollution des sols non négligeable et des risques pour la contamination des eaux de rivières qui constituent souvent un réceptacle direct des eaux usées et des eaux pluviales. Les villes marocaines dotées de stations d’épurations, ne sont pas plus chanceuses, car les biocides utilisés abusivement dans ces opérations, risquent de provoquer des dysfonctionnements persistants au niveau de ces stations destinées à épurer les eux usées avant leur rejet dans la nature. D'après les informations dont nous disposons, le Ministère marocain de la Santé ne s’est pas prononcé clairement au sujet de la désinfection des rues. Le courrier du Ministre de la Santé N°615 DELM/00  adressé en date du 7 avril au Ministère de l’intérieur se contente d’apprécier les efforts des communes pour leur contribution à la lutte contre le Covid-19 notamment par l’organisation campagnes de désinfections des espaces publiques qu’ils entreprennent depuis des semaines, et propose des recommandations de prévention et de sensibilisation  pour une meilleure mise en œuvre de ces opérations sur le terrain toutefois, il n’interdit pas explicitement la désinfection des chaussées.

Quid du Département ministériel chargé de l’environnement ?

Le Ministère de l’Environnement  est le grand absent !!. A ce jour il n’a pas émis d’avis à ce sujet. A part quelques actions conjointes avec les services communaux et des sociétés de gestion délégués des déchets solides, chargées  du nettoiement de la voirie et de la  collecte et des déchets et de leur traitement, aucune action n’a été entreprise pour interdire la désinfection des rues ou même fournir un avis officiel à ce sujet ou une recommandation pour en limiter les effets nocifs sur l’environnement. Dr. Issam BADREDDINE Biologiste, Expert en Environnement et Développement Durable

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