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SARS-CoV2 : Les eaux usées pour la surveillance de la Covid-19

Au tout début de la pandémie, de nombreuses équipes de scientifiques à travers le monde ont mis en évidence la présence de particules virales (acides nucléiques) provenant du SARS-CoV2 dans les selles des patients positifs au virus et dans les eaux usées domestiques. Il a été démontré également que les traces du coronavirus pouvait persister dans les eaux usées pendant plusieurs jours. Par ailleurs, le risque de contamination provenant des boues activées* de stations d’épuration des eaux usées pouvait également inquiéter les autorités sanitaires dans la mesure où elles servent souvent à l’épandage des sols agricoles dans le but de les fertiliser.

Quid du traitement des eaux usées au Maroc?  

Au niveau du Royaume du Maroc, le risque que représente les eaux usées contaminées réside dans le fait que ces dernières sont parfois utilisées pour l’irrigation de certaines cultures maraichères bien que cette utilisation soit fixée par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur notamment la loi 36-15 sur l’eau, le décret n° 2-97-875 du 6 Chaoual 1418 (4 février 1998) relatif à l’utilisation des eaux usées et l’arrêté n° 1276-01 du 10 Chaâbane 1423 (17 octobre 2002) fixant les normes de qualité des eaux destinées à l’irrigation”. Afin de parer à une éventuelle contamination de la population marocaine par les eaux usées non traités, le Ministre de l’Intérieur a adressé le 4 mai 2020,  une note aux Walis des Régions et aux Gouverneurs des Préfectures et Provinces du Royaume, les alertant sur une possible présence du SARS-CoV2 dans les eaux usées et les  incitant à prendre les dispositions nécessaires afin de veiller  à l’interdiction stricte de leur utilisation avant leur traitement.

Ces eaux usées qui représentaient il y a quelques mois un danger avéré de transmission de coronavirus, sont actuellement proposés par les scientifiques comme un outil de surveillance et de suivi de la pandémie.

 

 

 

Les Eaux usées pour suivre l’évolution de la pandémie !

La surveillance de la circulation du virus dans une population pour prévenir le plus tôt possible d’éventuelles résurgences, est considérée comme un enjeu majeur. Cette surveillance peut être réalisée par des tests PCR systématiques sur la population et ce dans le but d’identifier et d’isoler les porteurs sains du virus. On peut également réaliser des études séro-épidémiologiques basées sur la détection d’anticorps spécifiques contre le coronavirus, et ce dans le but d’estimer le taux de l’immunité collective d’une population. Ces deux opérations en plus d’être onéreuses sont très lourdes dans leur mise en œuvre. En complément à ces deux méthodes, les scientifiques proposent une technique relativement peu coûteuse : l’analyse microbiologique des eaux usées. Cette technique peut jouer un rôle stratégique dans la surveillance prospective et régulière de la circulation du virus.

Comment ?

Il est établi que le SARS-CoV2 a une faible stabilité dans l’environnement. Il est d’ailleurs rapidement inactivé dans l’eau, contrairement à d’autres entérovirus qui peuvent y persister pendant de nombreux jours. Le risque d’une contamination à travers les eaux usées est écartée. Par ailleurs et à l’instar de la surveillance dans les eaux usées qui s’effectue depuis longtemps pour détecter de nombreux virus, il est possible de détecter et de quantifier par PCR des acides nucléiques (matériel génétique) inactivés du SARS-CoV2 dans des échantillons d’eaux usées prélevées dans des stations d’épuration desservant des centaines de milliers de foyers. Ces prélèvements peuvent également être effectués sur les déversements directs des eaux usées qui ne sont pas soumises à un traitement préalable à leur rejet. Cela a pu être réalisé avec succès dans des agglomérations de plusieurs pays notamment la  France, la Belgique, les États-Unis d’Amérique, l’Espagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et l’Italie. Les tests PCR effectués sur les eaux usées des villes ont en effet montré que la quantité d’acides nucléiques et donc du virus inactivé est corrélée à la courbe épidémique, précédant l’arrivée de la vague, suivant son ascension  et diminuant fortement avec sa régression.

Cette relation temporelle directe avec la vague épidémique et surtout avant même son apparition, peut faire de cet indicateur un précieux outil pour prévoir d’éventuelles résurgences,

en testant la présence du virus sur des centaines de milliers de personnes voire de millions de personnes quand il s’agit de grandes métropoles. Les eaux usées sont donc un bon indicateur de la santé de la population.

Pour les experts, cela ne fait aucun doute : l’analyse des eaux rejetées constituent un indicateur épidémique « précoce », par opposition aux indicateurs « tardifs », telles que les hospitalisations.

Le Maroc s’y met également

Conscient de l’opportunité qu’offre l’analyse des eaux usées aux autorités sanitaires pour la surveillance de l’épidémie et la détection précoce de nouveaux foyers de contagion à travers le pays, le Ministre de l’Intérieur a annoncé le 8 juillet  l’adoption  par le Maroc de l’analyse des eaux usées  comme  nouvelle méthode pour détecter les foyers de contagion. L’ONEE  organisme public dont les principales missions est de produire et de distribuer de l’eau potable et de l‘électricité,  participe activement à la protection de l’environnement en traitant les eaux usées dans les 112 stations d’épuration dont il assure la gestion à travers le Royaume. Il est considéré de ce fait, comme un acteur incontournable dans la mise en œuvre de l’opération de surveillance généralisée de la Covid19 lancée par le Ministère de l’Intérieur.

* accumulation de micro-organismes qui dégradent la matière organique lors du traitement des eaux usées biologiques aérobies.

Dr. Issam BADREDDINE

Biologiste, Expert en Développement Durable

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