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SARS-Cov2: Le confinement peut-il affecter notre santé mentale?

Pendant toute cette période de confinement, avez-vous remarqué des comportements inhabituels de votre part ? Quelque chose a changé dans votre vie, vos habitudes, votre humeur ?  Souffrez-vous de stress, d’anxiété, de troubles du sommeil, de fatigue inexpliquée ?. Vous vous reconnaissez dans cette description et vous manifestez  au moins l’un des phénomènes sus-cités ?. C’est normal et vous n’êtes pas le seul dans cette situation.  Plusieurs personnes en confinement ont toutes de bonnes raisons d’être perturbés. Certaines sont inquiètes par la propagation du virus alors que  d’autres par le confinement et son impact sur leur vie au niveau social et économique ou  encore le manque de visibilité sur leur sort et vie  suite à la prolongation de la période de confinement. Les personnes en confinement sont par ailleurs moins actives qu’auparavant, et vivent moins des sentiments constructifs  et peuvent ressentir plus des sentiments négatifs.

Des raisons scientifiques pour expliquer ces phénomènes

Le confinement  est une approche  adoptée par quasiment l’ensemble des pays touchés par à la pandémie du SARS-Con2.   Il a, d’après une équipe de psychologues britanniques du King’s College London, un impact psychologique négatif, indépendant, significatif et durable sur le public.  Cette équipe a  informé et alerté sur les effets négatifs du confinement et sur l’importance vitale d’un message clair et transparent des autorités sanitaires tant sur les objectifs de la mesure à appliquer que sur les comportements à adopter. Pour leur analyse, ces psychologues ont retenu 24 publications sur plus de 3.100 publications scientifiques répertoriées sur le sujet et en ont fait la synthèse dont les résultats sont publiés dans la prestigieuse revue scientifique « The Lancet ».  La plupart des publications examinées font état de nombreux effets négatifs du confinement, dont des symptômes de stress post-traumatique, de la confusion et de la colère.  Plus en détail. L’analyse des ces études a permis à l’équipe britannique d’aboutir à des conclusions intéressantes :

1-Une prévalence élevée de symptômes de détresse psychologique et de troubles mentaux chez les personnes confinées, dont une détresse émotionnelle, l’épuisement émotionnel, la dépression, le stress, des troubles de l’humeur, l’irritabilité et la colère, l’insomnie, le syndrome de stress post-traumatique,

2- Des effets durables du confinement ont été enregistrés des mois après l’arrêt de la mesure  auprès du public soumis à cette épreuve.   Quid des professionnels de santé ? Les études montrent quils souffrent plus que le public, et dans toutes les dimensions précédemment évoquées : Plus de stigmatisation, plus de comportements d’évitement, plus grande perte de revenus et plus de conséquences psychologiques  dont plus de colère, d’agacement, de peur, de frustration, de culpabilité, d’impuissance, d’isolement, de solitude, de nervosité, de tristesse, d’inquiétude…

3- Une mauvaise information de la part des Autorités de Santé publique, un manque de transparence, des lignes directrices qui ne sont pas suffisamment claires sur les comportements à adopter et une confusion sur l’objectif du confinement, conduit le public à craindre le pire et ne fait qu’aggraver les symptômes d’anxiété, de troubles du sommeil et de dépression.

Par ailleurs, une enquête chinoise menée sur le degré de détresse psychologique suite au confinement et conduite auprès de la population chinoise dans 36 provinces, régions autonomes ou municipalités, a permis de révéler :

– Un stress psychologique globalement modéré et un stress sévère pour 5,14 % des personnes enquêtées.

– Les femmes présentent un plus haut degré de détresse psychologique que les hommes.

– La détresse touche davantage les individus âgés de 18 à 30 ans ou ceux de plus de 60 ans.

– Les travailleurs migrants constituent le groupe le plus exposé,

– Le score de détresse psychologique est, sans grande surprise, le plus élevé dans les épicentres de l’épidémie. 

Des solutions existent : A chaque mal, son remède…

Stress, anxiété, dépression

Pour limiter ces effets, il est recommandé de garder le rythme d’une vie normale. Faire comme si vous alliez  au travail : « se lever, se doucher, se préparer et avoir un agenda rempli, avec des activités agréables, prévoir du temps de partage mais aussi se réserver du temps pour soi » décrit  Wissam EL HAGE,  Professeur de Psychiatrie à Tours. Elle conseille également de « limiter le temps de prise d’informations » à un moment déterminé et auprès d’une source fiable. Le médecin estime même que le confinement, malgré les difficultés matérielles et logistiques, peut “se transformer en quelque chose de positif”, en permettant de découvrir des activités nouvelles, comme la méditation.

Déséquilibre alimentaire

Pour pallier aux effets négatifs d’une alimentation peu équilibrée, phénomène souvent observé en période de confinement, les  nutritionnistes recommandent de garder des horaires fixes pour les repas, de cuisiner des produits bruts, de manger des légumes, des fruits et des légumineuses…

“Il faut se poser la question : est-ce que je mange parce que j’ai envie de manger ou parce que j’ai vraiment faim ? Cela permet de répondre à des signaux de faim plutôt qu’à des signaux d’anxiété”.

 Sommeil perturbé, insomnies

Pour y faire face, il est vivement recommandé de garder un rythme précis, avec un horaire de lever et une durée de sommeil “suffisante mais pas excessive” (entre 7 et 8 heures), et d’être attentif à son exposition à la lumière.  Il est également conseillé  de ne pas rester éveillé au lit, de pratiquer une activité physique, de modérer sa consommation d’excitants ou de se déconnecter des écrans une à deux heures avant le coucher. Enfin il faut être attentif à la qualité de son sommeil (durée, régularité) et de réduire le temps passé au lit en l’adaptant à sa durée de sommeil  “pour que, quand vous allez au lit, vous ayez toutes les chances de dormir”.

Dr Issam BADREDDINE

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