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Chloroquine : The Lancet lance un  pavé dans la mare !

Chloroquine : The Lancet lance un  pavé dans la mare !
La chloroquine ou plus précisément son dérivé l’hydroxyChoroquine (HCQ) est étroitement associé au nom du Professeur Didier RAOULT éminent infectiologue français, qui a rendu publique plusieurs études, lesquelles selon lui montrent une efficacité de l'hydroxychloroquine associée à un antibiotique, l'Azithromycine. En effet, le Professeur prône l'administration de cette bithérapie dès les premiers symptômes tout en affirmant dans sa dernière étude portant sur plus de 1 000 patients qu'après 10 jours, plus de neuf sur dix n'avaient plus de charge virale. De nombreux pays ont adopté depuis le protocole du Pr. Raoult et l'effervescence autour de l'hydroxychloroquine a connu un regain impressionnant lorsque le président américain Donald Trump s'en est fait le défenseur, au point d'en prendre lui-même quotidiennement à titre préventif et de le déclarer publiquement. L’HCQ a dépassé le terrain politique pour devenir un  sujet de débat public et politique très médiatisé en suscitant même des discussions enflammées dans les médias et de féroces empoignades sur les réseaux sociaux.

Mais Comment vérifier l’efficacité de l’HCQ ?

L’efficacité de l’HCQ sur l'homme contre le SARS-Cov2, ne jouit pas  de consensus chez les scientifiques, faute de recul suffisant et d'études menées selon les règles habituelles notamment en prenant en compte les principes de « randomisation »(patients choisis par tirage au sort), de "groupe témoin" (des patients reçoivent le traitement, d'autres non), et de "double-aveugle" (aussi bien les patients que les médecins ne savent pas qui a pris le traitement et qui a reçu le placebo). Enfin l’étude devra être appliquée à un échantillon assez important. A cela s'ajoute la publication des résultats dans une revue scientifique après validation par d'autres scientifiques indépendants. Les études publiées dont celle du Pr Raoult, présentent par ailleurs des résultats très différents. Certaines soutiennent l'efficacité de l'HCQ alors que d'autres démontrent qu'il n'a ni amélioré ni détérioré de manière significative la situation de patients en état grave.

Le 22 mai une date fatidique pour la Chloroquine !

Le vendredi 22 mai The Lancet,  la prestigieuse et non moins sérieuse revue médicale Britannique  publie une étude portant sur les effets de la choloroquine. Cette étude conclut que ni la chloroquine, ni l'HCQ, ne se montrent efficaces contre le Covid-19 chez les malades hospitalisés, et que ces molécules augmentent même le risque de décès et d'arythmie cardiaque. Il s'agit de la "première étude à large échelle" puisqu’elle a concerné 96 000 patients,  à montrer une "preuve statistique robuste" que ces traitements "ne bénéficient pas aux patients du Covid-19", a assuré son auteur principal, le Dr Mandeep Mehra. L’étude a analysé des données d’environ 96.000 patients infectés par le virus SARS-CoV-2 admis dans 671 hôpitaux entre le 20 décembre 2019 et le 14 avril 2020, sortis ou décédés depuis.  Environ 15.000 d’entre eux ont reçu l’une des quatre combinaisons (chloroquine seule ou associée à l’antibiotique, HCQ seule ou associée à ce même antibiotique), puis ces quatre groupes ont été comparés aux 81.000 malades du groupe témoin n’ayant pas reçu ce traitement. Résultat, les quatre traitements ont tous été associés à un risque de mortalité bien plus élevé qu'au sein du groupe témoin (qui était de 9,3 %) : 16,4 % de décès pour la chloroquine seule, 22,2 % quand elle était combinée à l’antibiotique ; 18 % pour l’hydroxychloroquine seule, et 23,8 % quand elle était associée au même antibiotique. Mandeep Mehra et Frank Ruschitzka co-auteur de l’étude, estiment ainsi que le risque de mortalité est de 34 % à 45 % plus élevé chez des patients prenant ces traitements que chez des patients présentant des facteurs de comorbidité, c’est-à-dire de facteurs de risques. Ils ont aussi découvert de sérieuses arythmies cardiaques graves plus fréquentes chez les patients recevant chloroquine ou hydroxychloroquine, surtout avec la combinaison hydroxycholroquine/antibiotique (8 % des malades contre 0,3 % dans le groupe témoin). A priori l’étude a des arguments inébranlables  et se démarque des études précédentes tout en supplantant de façon avérée  l’hypothèse défendue par Pr.Raoult selon laquelle l’HCQ est efficace contre le SARS-CoV2.

L’étude publiée par The Lancet, pas si robuste que ça ?

Les résultats de l’étude publiée  par The Lancet est à prendre avec précaution et voilà pourquoi : 1-L’étude est rétrospective L’étude  est dite rétrospective. Elle s’est appuyée sur un vaste registre international des dossiers médicaux électroniques provenant de 671 hôpitaux sur 6 continents. A ce propos les auteurs de l’étude sont formels  “des essais cliniques randomisés seront nécessaires. 2-Des données non représentatifs  de la population mondiale L’étude affirme avoir collecté les données électroniques de 671 hôpitaux sur six continents. En réalité, 559 de ces hôpitaux sont situés aux Etats-Unis soit 65, 9% des patients, en majorité blancs. Dans le reste du monde, l’étude ne comporte que 7,9% de patients asiatiques et 4,6% de patients africains. Des zones géographiques comptant de nombreux pays ayant recours au traitement (Chine, Corée, Inde, Maroc, Sénégal…).  Il s’agit là d’un biais supplémentaire et de taille. 3-Prédominance de comorbidités : un autre biais en défaveur de l’étude L’étude précise que la majorité des patients décédés étaient “plus âgés, obèses, (...) plus susceptibles d'être noirs ou hispaniques, atteints de diabète, d’une hyperlipidémie (taux élevé de graisse dans le sang, ndlr), de maladie coronarienne, d’insuffisance cardiaque congestive et d’antécédents d'arythmies. Ils étaient également plus susceptibles d'avoir une maladie pulmonaire obstructive chronique  et fumeurs”.  Ces patients étant les plus à risque, la piste de la dangerosité du traitement à base d’HCQ reste donc à prouver. 4-Le traitement des patients  est pratiqué tardivement L’étude a concerné des patients admis en hospitalisation dan un état grave. Ils ont été traités après 2 jours d’hospitalisation alors que l'hydroxychloroquine qui joue sur l’immunité pour diminuer le virus, devrait être pris au début de la maladie.  Il s’agit d’un constat confirmé par le Pr Francis Delpeyroux, virologue à l’Institut Pasteur de Paris, “Même si cette étude est très sérieuse, elle démontre plutôt une absence d'effets. Par ailleurs, le Pr Raoult préconise de traiter les patients dès l’apparition des symptômes. Dans cette étude, les patients sont hospitalisés, autrement dit dans un état déjà avancé”.

D'autres études scientifiques sont attendues.

D'autres essais cliniques devraient permettre d'en savoir plus, notamment  l'essai Discovery, lancé à l'échelle européenne et coordonné par l'Inserm (Institut National de la santé et de la recherche médicale en France). L'idée est d'administrer quatre types d'antiviraux, dont la chloroquine, à 3.200 malades selon une sélection "randomisée". Mais ses résultats tardent à venir, en raison de difficultés à recruter des volontaires, la plupart souhaitant la chloroquine et pas les autres médicaments. Ceci étant  Tant qu’un essai clinique randomisé ne sera pas effectué, le débat risque de perdurer longtemps. A défaut nous serions contraints d’attendre la fabrication d’un vaccin pour clore le débat. WAIT & SEE  

Commentaires

  • Chloroquine : Le Mea-Culpa de The lancet - Saha.ma

    […] *https://saha.ma/sahaty/medicaments/chloroquine-the-lancet-lance-un-pave-dans-la-mare/ […]

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