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Pour contrôler l’épidémie : un vaccin efficace, et une adhésion à la vaccination.

Pour contrôler l’épidémie : un vaccin efficace, et une adhésion à la vaccination.
Dr Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé.
La vaccination, un exploit sans précédent. Il y a un consensus scientifique mondial : la vaccination est l’intervention de santé la plus efficace au monde pour faire diminuer les taux de morbidité et de mortalité, qui n’a pas d’égale, à part l’approvisionnement de la population mondiale en eau potable.
Données chiffrées sur le rôle de la vaccination dans la préservation de la santé et de la vie des humains.
Aujourd'hui, plus de 200 ans après la découverte de la vaccination, nous ne disposons de vaccins que contre 28 maladies. Actuellement, 200 vaccins sont en cours de recherche. Grâce à la vaccination, la variole a été complètement éradiquée depuis 40 ans déjà. Ainsi, 5 millions de personnes ne perdent plus la vie annuellement après l'éradication de la variole, et beaucoup plus de millions de personnes ne sont plus affectées par les séquelles de cette maladie. 9 millions de vies humaines épargnées chaque année : Aujourd'hui, grâce à cette merveilleuse découverte qu'est la vaccination, nous sauvons 9 millions de vies par an, soit plus de 24 mille décès par jour, ou 17 décès par minute. 3 millions de décès par an ou 5 décès par minute évités : Si on exclut les cinq millions de décès évités par an après la disparition de la variole , grâce au vaccin qui n'est plus administré pour cette même raison, les vaccins administrés aux enfants du monde contre la diphtérie, la coqueluche, le tétanos et la polio, sauvent  3 millions  de vies annuellement, soit plus de huit mille morts par jour, l’équivalent de 5 décès par minute. On perd encore, malheureusement, 5 vies toutes les deux minutes en raison l’inaccessibilité aux vaccins, pourtant disponibles. Une partie des enfants à travers la planète n’a pas encore accès aux vaccins disponibles, principalement à cause de la pauvreté.  Ainsi nous perdons toujours annuellement un million et demi de vies. La plupart ou la totalité de ces décès surviennent dans les pays qui n'ont pas été en mesure d’assurer les vaccins à tous leurs enfants, contre des maladies dont les vaccins sont pourtant disponibles depuis des décennies, dont essentiellement, la diphtérie, la coqueluche, le tétanos et la polio. 16 millions de vies supplémentaires pourraient être sauvées si la médecine parvient à mettre au point des vaccins contre toutes les maladies infectieuses évitables par la vaccination Ce ne sont là que des chiffres de décès, bien que ces maladies laissent derrière elles des millions de personnes aves des séquelles graves , comme la paralysie chez les enfants, la cécité, des lésions cérébrales, etc…
L’immunité naturelle et post vaccinale.
Contrairement aux idées reçues, la vaccination ne surcharge pas le système immunitaire. L’immunité post vaccinable (acquise par le biais de la vaccination) est par ailleurs beaucoup plus efficace et durable que l’immunité post maladie (acquise ? par l’exposition aux infections). Prétendre que l’immunité acquise par l’exposition aux infections serait meilleure et « plus « naturelle » est une grave erreur. D’abord parce que l’immunité acquise par la vaccination est une immunité tout à fait naturelle. C’est le système immunitaire du corps humain qui produit les anticorps, qui mémorise les « agresseurs : microbes » et c’est notre corps qui orchestre lui-même sa défense contre les agressions antigéniques. Le vaccin ne joue que le rôle de stimulateur de cette immunité naturelle, et ne se substitue nullement à cette immunité. L’objectif de la vaccination ne consiste pas à donner au corps humain des anticorps prêts à l’emploi pour remplacer son immunité naturelle. La vaccination préventive est l’utilisation d’antigènes qui provoquent une réponse immunitaire de l’organisme spécialisée contre un agresseur défini, et à se préparer tôt pour éliminer les microbes s’il y est exposé ultérieurement. S’exposer à des infections sans vaccination engendre de nombreuses maladies, parfois graves et mortelles, par millions chaque année dans le monde. Si l’exposition à ces maladies ne présentait pas de risques, on ne serait passé de chercher des vaccins, ou de chercher une immunité post maladie. Une réalité scientifique très importante :  l’immunité post vaccinale est plus puissante, plus protectrice et plus durable que l’immunité acquise après la maladie. Certaines maladies ne sont pas du tout immunisantes ou le sont très peu : c’est les cas par exemple du tétanos ou de la diphtérie, alors que les vaccins contre ces maladies protègent pendant des années.
Les vaccins stimulent le système immunitaire sans le surcharger.
Contrairement à certaines idées, donner au corps humain différents vaccins, ne surcharge pas son système immunitaire. Ce sont des craintes compréhensibles, mais sans fondement.
  • D’abord, les études estiment que le système immunitaire du nouveau-né peut répondre à 10 000 vaccins en même temps grâce à la force, l’ampleur et la complexité du système immunitaire dont est doté le corps humain.
  • On estime aussi que si tous les vaccins actuellement destinés aux enfants étaient administrés simultanément à un nourrisson, ces vaccins n’occuperaient qu’un sur mille de la capacité de son système immunitaire.
  • Le nombre de vaccins augmente avec la recherche scientifique, mais grâce à cette même recherche scientifique, la quantité d’antigènes contenus dans ces vaccins diminue constamment dans les nouveaux vaccins.
  • Rappelons que le corps de l’enfant (de l’être humain en général) est exposé quotidiennement à de nombreux antigènes avec lesquels le système immunitaire interagit sans le moindre problème de surcharge.
Les vaccins contre Covid 19. La mise au point d’un vaccin anti COVID en un temps record est un exploit sans précèdent, bien justifié. Mettre au points un vaccin  en moins d’une année est une réalisation scientifique sans précédent dans l’histoire de la médecine. La durée moyenne pour en trouver un est plus de dix ans (10.7 ans).  Trouver un vaccin contre la varicelle a pris 34 ans. SIDA: aujourd’hui, nous sommes toujours sans vaccin après 40 ans de maladie et de recherches... Il y a au moins trois raisons qui ont permis ce temps record :
  • Tout d’abord, la pandémie de Covid 19 a non seulement touché les individus, mais a également affecté la vie sociale, la scolarité et a considérablement ralenti l’économie mondiale. Les pertes économiques dues à la pandémie sont estimées à des milliers de milliards de dollars. Les pays riches du G20 ont jusqu’à présent dépensé pour faire face à la pandémie plus de 11 000 milliards de dollars, un chiffre astronomique.
Pour cette raison, les laboratoires ont alloué d’énormes budgets aux études et à la recherche dans la course vers le vaccin. Leur « produit » ne pourra être qu’un total succès  pour sa commercialisation, et à n’importe quel prix. Les gouvernements ont fourni des milliards de dollars aux laboratoires pour accélérer encore plus la recherche, et ont passé des pré commandes pour d’énormes quantités de vaccins. Ce financement exceptionnel a été un facteur déterminant pour booster la recherche.
  • Avant, les chercheurs passaient des années pour identifier la structure exacte des nouveaux virus. Cette fois ci les chercheurs ont utilisé une technique primée Nobel de chimie 2017, la Cryo microscopie électronique, qui a permis de voir le virus SARSCOV 2 dans tous ses détails en quatre ou cinq semaines au lieu de trois et cinq ans. Les grandes avancées scientifiques durant la dernière décennie en matière des vaccins ont apporté un plus.
  • La recherche d’un vaccin contre le virus Covid 19 n’est pas partie de zéro, mais d’une accumulation scientifique avec deux versions précédentes de coronavirus : la première épidémie corona en Asie en 2003, et celle du moyen orient en en 2012. Au cours des deux épidémies, les recherches des vaccins ont été interrompues après arrêt des deux épidémies. La recherche en 2020 pour ce nouveau coronavirus a repris les connaissances accumulées.
Les objectifs de la vaccination :
- Au niveau individuel : protéger la santé et la vie des personnes vaccinées contre les maladies ciblées. - Au niveau communautaire : réduire le nombre de personnes qui propagent de la maladie, contrôler l’épidémie grâce à l’immunité collective. - Au niveau du système de santé : éviter les pressions sur le système de santé et l’offre de soins, et libérer ce système pour faire face à sa mission habituelle dans la prévention et la prise en charge des maladies. - Sur le plan économique : éviter les pertes économiques résultant des dépenses et des coûts de l’hospitalisation et du traitement, des incapacités et invalidités causées par ces maladies, l’absentéisme et les pertes économiques qui en résultent.
Sécurité, innocuité et efficacité des vaccins anti COVID 19.
Aujourd’hui, plus de 200 vaccins anti covid sont en cours d’études et d’essais. Une cinquantaine sont en phase d’études cliniques, c’est-à-dire sur des humains, dont 12 sont en phase III qui autorise la mise sur le marché et l’usage ou non des médicament et vaccins. Les résultats annoncés à ce jour confirment un degré très élevé de sécurité et d’efficacité : peu et de simples effets secondaires, et plus de 90 % d’efficacité pour certains vaccins. Même les chercheurs les plus optimistes ne s’y attendaient pas. Pour simplifier, il existe cinq grandes techniques de production de ces vaccins : les vaccins vivants atténués, les vaccins inactivés, les vaccins sous unitaires, les vaccins à vecteur viral et les vaccins à ARN messager. Il s’agit d’une très nouvelle technique utilisée entre autres par Pfizer et Moderna. Le Maroc et les vaccins contre Covid.
Vaccin Sinopharm
Le Maroc a passé un contrat avec Sinofarm pour mener des essais cliniques phase 3 au Maroc, à l’instar de plusieurs autres pays, pour approvisionner notre pays si ce vaccin est jugé sûr et efficace, et assurer un transfert de technologies pour produire ultérieurement ce vaccin au Maroc,  pour servir également les pays africains. Le vaccin de Sinopharm est un vaccin de type inactivé. Il s’agit d’une technique classique, c’est-à-dire prouvée et approuvée depuis plusieurs décennies, et basée sur l’utilisation du virus « tué ». Les essais cliniques menées au Maroc sur 600 volontaires n’ont signalé aucun effet indésirable grave. De simples effets secondaires type douleur ou rougeur au point d’injection, ou une fièvre passagère. Ce sont les mêmes effets secondaires qui ont été signalés dans d’autres pays. Les études de phase 1 et 2 de ce vaccin, publiées dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, ont montré un degré élevé d’innocuité et d’efficacité immunologique. Deux caractéristiques confirmées selon quelques indicateurs de la troisième phase, ainsi que l’efficacité épidémiologique. Aujourd’hui, plus d’un million de citoyens chinois ont bénéficié du vaccin avec un très haut degré de sécurité et plusieurs indicateurs d’efficacité. Ce vaccin a été largement utilisé aux Émirats Arabes Unis… Les résultats définitifs seront publiés, comme pour tous les essais cliniques, dans des revues scientifiques, et mis à la disposition des autorités de santé, ainsi que les résultats provisoires des études pour d’éventuelles autorisations d’urgence. Ce vaccin nécessite une simple chaîne de froid (entre 2° et 8°). Le vaccin de de Moderna nécessite une chaine de froid à moins 20 degrés, celui de Pfizer à moins 70° . Une logistique très contraignante même pour les pays les plus développés.
Stratégie nationale de vaccination contre Covid 19.
Les acquis attendus de la vaccination élargie contre Covid 19.
  • Protéger la santé et la vie des personnes vaccinées contre COVID, éviter les cas critiques et les décès jusqu’au contrôle total de l’épidémie , et désengorger le système de santé
  • Créer une immunité collective (immunité de troupeau heard immunity) qui contrôle effectivement l’épidémie. Cette immunité collective protège tous les citoyens, y compris ceux qui n’ont pas pu être vaccinés pour des raisons d’âge , d’état de santé ou d’immunité, et ceux qui n’ont pas pu développer une immunité malgré la vaccination.
  • Ouvrir pleinement l’économie, les écoles et retrouver progressivement une vie sociale normale.
Le Maroc a passé un contrat avec Sinofarm, mais aussi avec la société s Britannico-Suédoise Astra Zeneca qui développe un vaccin en collaboration avec l’Université Oxford. Il est en négociations avec les sociétés Américaines Pfizer, Johnson & Johnson, la Russie pour son vaccin Spoutnik, et la société Chinoise Cansino... Le Maroc sera l’un des premiers pays au monde à vacciner et protéger sa population et ouvrir tôt son économie à grande échelle, alors que de nombreux pays ne pourront malheureusement accéder au vaccin que plusieurs mois plus tard et en quantités limitées. La course mondiale vers le vaccin est sans merci. Depuis le mois d’août, les pays riches, qui n’abritent que 13% de la population mondiale, avaient déjà précommandé plus de 50% des vaccins en cours d’essais. Le Maroc est aujourd’hui l’un des premiers de cette pelote de pays grâce à l’implication directe et personnelle de SM le Roi Mohamed VI dans la riposte contre la pandémie, et grâce à son intervention précoce et stratégique qui a permis la conclusion d’un partenariat entre le Maroc et la Chine dans ce domaine. Ce partenariat, a permis à notre pays d’abriter les essais cliniques phase 3 avec toutes ses implications positives sur la recherche scientifique au Maroc, s’approvisionner très tôt en vaccins anti covid, en quantités importantes. Le transfert de technologies en la matière est un autre pilier de cette coopération, pour faire du Maroc une plateforme de production après des mois, des vaccins anti covid et autres vaccins pour le marché national et international et en premier pour les pays de notre continent africain. La Stratégie nationale de vaccination, conformément aux recommandations scientifiques et prenant en considération l’évolution de la situation épidémiologique, est basée sur une priorisation des groupes cibles : professionnels de la santé et des professions qui sont dans les premières lignes de la lutte contre la pandémie, enseignants, personnes âgées et les porteurs de maladies chroniques.
Deux conditions sine qua non au contrôle de l’épidémie : un vaccin hautement efficace ET une parfaite adhésion à la vaccination.
Au vu des données scientifiques liées au virus de la COVID 19, et à son épidémiologie, il est clair pour la communauté médicale et scientifique que seule une large vaccination par le biais d’ un vaccin sûr et efficace , en plus des mesures barrières, pourrait contrôler la pandémie et permettre un retour sécurisé et progressif à la vie normale. Des études récentes de modélisation ont montré que le contrôle de la pandémie dépend de deux éléments clés: Un vaccin sûr et très efficace, et une forte adhésion des citoyens au programme élargi de vaccination anti covid pour assurer une immunitaire collective le plus tôt possible. Plus on tarde à atteindre cette immunité collective (communautaire), plus le virus continuera à circuler librement, et plus l’épidémie, avec toutes ses contraintes, tardera à s’estomper. Plus l’adhésion est forte, plus vite l’immunité individuelle et communautaire seront acquises, moins de nouveaux cas, de cas graves, de séquelles et de décès seront enregistrés. Et plus vite seront la reprise de l’économie, de la scolarité et d’une vie sociales normales. Nous devons continuer à respecter scrupuleusement les mesures barrières : masques, distanciation, hygiène des mains, aération des espaces clos et limitation des activités non essentielles, pendant les semaines et quelques mois à venir, en attendant de contrôler efficacement cette l’épidémie.

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