عربية

Dr Khadija MOUSSAYER: « Il ne faut pas laisser tomber le masque « 

Dr Khadija MOUSSAYER:  « Il ne faut pas laisser tomber le masque « 
Dr Khadija MOUSSAYER, Spécialiste en Médecine Interne et en Gériatrie et Présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS) tire la sonnette d'alarme sur les dangers d’un relâchement dans l’utilisation des masques enregistrée au Maroc et sous d'autres cieux au moment où la vie sociale reprend son cours normal après la levée du confinement. Détails dans cet entretien.
  • Saha.ma: Au moment où la vie sociale reprend son cours normal, les gens abandonnent de plus en plus le port des masques. Est-ce que vous pouvez nous expliquer les dangers aujourd'hui d'une telle pratique?
L’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS), que je préside  a  tenu à alerter  sur l'abandon du port des masques, un phénomène déjà fréquemment observé à l'heure du déconfinement.  Ce relâchement compréhensible psychologiquement, est dangereux. Le 11 juin dernier, une étude publiée par l'Académie des Sciences américaines, alerte sur les dangers de l'abandon progressif du masque dans l'espace public. Le masque est un moyen peu coûteux, et qui peut préserver notre santé et celle des autres.  Et c'est ce que confirme les scientifiques des Universités du Texas et de Californie à San Diego, auteurs de l’étude américaine. Ils ont analysé la tendance et les mesures d'atténuation (port du masque, distanciation, hygiène des mains…) à Wuhan, en Chine, en Italie et à New York, du 23 janvier au 9 mai 2020.  Ils ont pu ainsi montrer que les impacts de ces mesures d'atténuation sont mesurables dans l’évolution de  la pandémie.  L’analyse révélerait que la différence avec et sans couvre-visage obligatoire  représente le facteur déterminant principal de l’épidémie dans les trois épicentres. À elle seule, selon eux, cette mesure de protection a considérablement réduit le nombre d'infections, soit plus de 78 000 en Italie du 6 avril au 9 mai et plus de 66 000 à New York du 17 avril au 9 mai.
  • Est ce que les autres gestes barrières, sans le port de masque, ne suffisent pas?
L'étude américaine a démontrée que les autres mesures d'atténuation, telles que la distanciation sociale mise en œuvre, ne suffisent pas à eux seuls à protéger le public. Le port de masques en public correspond au moyen le plus efficace de prévenir la transmission interhumaine. Et cette démarche est peu coûteuse, en conjonction avec l'éloignement social simultané, la quarantaine et la recherche des contacts, représente le meilleur moyen de stopper la pandémie. Le ministre de la santé, Khalid Aït Taleb, a tenu, lui-même, à faire un rappel (à l’occasion d’un communiqué le 27 juin sur la situation générale au Maroc) au  respect strict des mesures préventives recommandées par les autorités sanitaires. Y figure, en premier lieu dans l’énumération, le port correct du masque à côté de l’hygiène, le respect de la distanciation physique et l’évitement des rassemblements.
  • Certaines personnes pensent que le déconfinement rime avec la disparition du virus?
Il est important de comprendre que la diffusion aérosolisée et aéroportée du coronavirus constitue la voie majeure de propagation. Et les travaux des chercheurs américaines confirment l’efficacité du port du masque en réaffirmant sa nécessité dans les mois qui suivent le déconfinement et dans l’attente de vaccins et/ou traitements contre l’infection. Pour eux, le masque est non seulement utile pour empêcher les gouttelettes de toux infectées d'atteindre des personnes non infectées, mais aussi pour éviter de respirer ces minuscules particules aérosolisées qui peuvent également contaminer. Une seule toux peut produire jusqu’à 3 000 gouttelettes, les éléments les plus dangereux qui risquent de s’étaler sur les vêtements et sur les surfaces qui les entourent. Dans de nombreux pays du monde, notamment européens, qui  n'ont pas donné de l'importance au port de masques, il est enregistré un taux important de mortalité des suites de Covid-19. Je tiens à préciser que les marocains ont dans l’ensemble fait preuve de beaucoup de discipline et d’abnégation lors du confinement, permettant ainsi le contrôle de l’épidémie. Il ne s’agit pas maintenant  de faiblir afin d’éviter d’avoir à faire face une seconde vague épidémique : restons tous vigilants dans la rue, les commerces, les lieux de travail ou de loisirs…!
  • Le port de masque n'a pas empêché le virus de se propager en Chine?
Au contraire, la Chine où les habitants portent des masques depuis des années, principalement à cause de la pollution, ainsi que les quatre « dragons » asiatiques -Taïwan, Corée du Sud, Hong Kong et Singapour - ont bien su contrôler l’épidémie par le port obligatoire du masque dès le début, accompagnant une stratégie globale de dépistage massif, de quarantaines très strictes et de suivi au cas par cas grâce aux outils numériques. Par ailleurs, l’OMS se fait le propagandiste  du port du masque et ce, après avoir déconseillé le port du masque au début de l'épidémie. Elle vient d'ailleurs de publier un guide de bonnes pratiques sur l'utilisation du masque  qui recense un nombre impressionnant de consignes à respecter, que j'estime personnellement un peu excessif. Ce guide est à consulter dans sa dernière mise à jour, mise en ligne le 6 juin : « Advice on the use of masks in the context of COVID-19 OMS -COVID-19: Infection prevention and control ». Il n’est jamais trop tard pour bien faire ! Propos recueillis par R.Bami

Aucun Commentaire

Laisser un commentaire