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Quelle place pour la famille dans le traitement des addictions? 

Quelle place pour la famille dans le traitement des addictions? 
Par Docteur Mounir Jaafari, Pédopsychiatre
La littérature enseigne  que la famille peut  constituer un lieu de protection, de résilience, mais aussi un soutien dans le traitement des addictions. La famille peut être aussi  un espoir pour la prévention primaire dans le champ des addictions. Les programmes de prévention qui s’adressent aux familles semblent d'ailleurs aujourd’hui plus prometteurs. Néanmoins, la  reconnaissance du rôle de la famille dans le dispositif de prise en charge et dans les actions de prévention reste à développer.
L’affirmation de la « place de l’entourage » constitue par ailleurs l’une des originalités du dispositif médico-social de prise en charge des addictions.
Pour les usagers des établissements médico-sociaux, la loi du 2 janvier 2002 [6] reconnaît le droit à une vie privée et au maintien de leurs relations avec leur entourage. Et dans le dispositif spécialisé, il y a aussi la reconnaissance du « rôle de l’entourage » dans le processus de soins.

L’entourage recherche non seulement une sollicitation de conseils et d’informations, mais également un véritable rôle d’impulsion, de prise de conscience vers une prise en charge. Par exemple, le fonctionnement familial peut être un facteur de protection ou à l'inverse d'aggravation. cela a été confirmé par une enquête sur l'usage des produits psycho-actifs comme le cannabis, l'alcool et le tabac chez 18 500 collégiens et lycéens autour de 15 ans. Celle-ci a mis en évidence l'importance cruciale du lien éducatif familial. Elle a révélé, en particulier, que lorsque les parents ne savent pas où se trouvent leurs enfants le samedi soir, ce qui est le cas pour 40 % des garçons et un quart des filles , le risque de consommation de l'alcool est multiplié par trois et même par cinq pour le cannabis.

Toujours selon cette enquête, plus les parents ont un niveau d'études élevé, moins ils jouent leur rôle, au niveau de ce «contrôle parental». Et d'ailleurs on constate que les niveaux de consommation cannabique chez les ados sont plus élevés dans les quartiers chics que dans les quartiers plus pauvres. Il ressort de l'enquête qu'il s'avère  important de développer les capacités parentales des adultes qui ont de plus en plus peur de s'opposer à leur enfant et sont tentés de leur laisser faire ce qu'ils veulent. Dans certains milieux particulièrement aisés, ils leur garantissent certes tout le bien-être matériel possible, mais ne sont jamais présents.

Une absence réelle, mais aussi symbolique particulièrement délétère pour des jeunes en quête de repères. Un constat partagé par le psychiatre, spécialiste des adolescents, Philippe Jeammet (1) : «L'addiction, ce n'est pas en soi une maladie, mais ces jeunes peuvent s'en rendre malades en devenant prisonniers de ce qu'ils percevaient au départ comme un choix. Si on leur montre que cette dépendance leur enlève toute capacité de choisir, on peut peut-être au travers de l'éducation, de la culture, leur montrer qu'il est essentiel de préserver leurs potentialités.»

Favorisé par la vie sociale
Certes, il existe des facteurs biopsychologiques de l'addiction (éducation, histoire familiale), génétiques (il y aurait une héritabilité des addictions à hauteur de 60 % contre 40 % pour la dépression), mais aussi sociétaux. La moitié de l'alcoolisme français serait un alcoolisme d'entraînement, porté par la vie sociale. Quant au cannabis et à la cocaïne, le «marché» a grand ouvert les vannes depuis la fin des années 1990. Alcool, cannabis, cocaïne, opiacés, tabac, le nombre de jeunes et moins jeunes «accros» à ces produits est en croissance exponentielle.

«L'addiction se caractérise par une impossibilité répétée de contrôler un comportement de consommation de substances, en dépit de ses conséquences négatives», précise le Pr Reynaud, président de la Fédération française d'addictologie. «Car les substances addictives viennent se greffer sur les voies cérébrales du plaisir, ce sont de véritables leurres pharmacologiques, elles prennent la place des neuromédiateurs naturels. De surcroît, le potentiel de dépendance est différent selon le produit : plus celui-ci est facilement disponible, moins on aura besoin d'être vulnérable pour y devenir dépendant.»  

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