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La Vaccination Anti-Pneumococcique et Anti-Grippal en période de Covid-19 sous la loupe de la SMSM

La persistance de l’épidémie de covid-19, la hausse devenue régulière des cas confirmés et les similitudes du virus responsable du Covid-19 avec celui de la grippe relancent le débat sur la vaccination aussi bien au sein des professionnels de la santé que du grand public. Comment éviter que les deux maladies ne cohabitent cet hiver?. En l’absence d’un vaccin ou traitement homologué contre Covid-19, faut-il vacciner massivement ou non contre la grippe saisonnière pour éviter les risques de confusion entre les deux maladies et les conséquences couteuses ou se limiter de vacciner les personnes à risque? Qui doit se faire vacciner?. Ce sont autant de questions débattues lors du Webinar organisé par la Société Marocaine des sciences Médicales (SMSM)le mercredi 30 septembre sous l’intitulé ” La Vaccination Anti-Pneumococcique et Anti-Grippal en période de Covid-19″ avec la participation d’un pool de professionnels de la santé. Dr Moulay Said Afif, président de SMSM indique des recommandations claires devraient émaner de ce webinar pour une meilleure sensibilisation aux professionnels de santé et au grand public sur  la vaccination antigrippale et anti pneumococcique et surtout pour éviter la confusion entre grippe et Covid-19 qui sont “des infections respiratoires à type de pneumonie virale avec plusieurs similitudes. Pour Dr Moulay Taher Alaoui président du comité technique et scientifique de la vaccination, il est important dans ce contexte de communiquer sur la vaccination contre la grippe. Il insiste par ailleurs sur un langage clair, simple et cohérent sur la vaccination pour bien informer les citoyens et faire barrage aux fake news.

Similitudes entre entre grippe et Covid-19

Dr Amghar, SG de l’Ordre des Médecins a de son côté  indiqué que l’Ordre a alerté le ministère de la santé depuis plusieurs mois sur la nécessité d’anticiper sur ce problème par la mise en place d’un programme de vaccination réfléchi contre la grippe. Il a par ailleurs mis l’accent lors de son intervention, sur l’existence de  similitudes entre la grippe et le Covid-19 notamment en ce qui concerne les manifestations respiratoires qui peuvent prêter à confusion, le mode de propagation et de contagiosité. “Heureusement, il existe des points de différence notamment la disponibilité du traitement spécifique de la grippe, un vaccin efficace”, a t-il ajouté.

Pour Dr Amghar, la vaccination contre la grippe permettra de faire la différenciation des deux infections, diminuer la mortalité, épargner le personnel de santé et les structures de soins sanitaires et surtout éviter de se retrouver avec deux épidémies en même temps

. “L ‘année l’année dernière, on a vacciné 500 milles personnes et il faut s’attendre cette année à un nombre plus important. De fait, il faut s’assurer de la disponibilité et de l’accessibilité au vaccin surtout pour les personnes démunis”, a t-il ajouté.

Qu’en est il de l’infection à pneumocoque? 

L’infection à pneumocoque est une autre maladie respiratoire redoutable dans le contexte de Covid-19. Elle touche le plus souvent les personnes fragiles (personnes atteintes de maladies chroniques, jeunes enfants, séniors…). C’est un problème de santé publique dans le monde avec 10-30% de mortalité et 800 milles décès/an chez les enfants de moins de 5 ans selon l’OMS. Cette maladie peut être évitée grâce à la vaccination selon Pr Hasna Jabri, professeur agrégé de pneumologie (CHU Ibn Rochd Casablanca). Les groupes recommandés pour la vaccination sont les sujets âgés de plus de 2 ans présentant une comorbidité ( maladie cardiovasculaire, respiratoire chronique  diabète..), patients immunodéprimés ID (Insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, diabète,..), groupe non ID porteurs d’une maladie sous-jacente comme l’asthme, insuffisance respiratoire chronique, insuffisance rénale,..et les sujets âgées de plus de 65 ans.

Les bons et mauvais arguments pour la vaccination 

Au Maroc comme en France ou d’autres pays Si la pandémie repart c’est que les mesures d’hygiène n’ont pas été respecté”, a tenu à préciser Pr Robert Cohen, Médecin Pédiatrie

Pour lui, une épidémie de la grippe même modeste dans le contexte aujourd’hui du Covid achèverait le système de santé et risque de le mettre hors service.

” Les signes de la grippe ne sont pas  distinguées de ceux du Covid-19. Cela induit plus de tests et isolement avec toutes les conséquences économiques que cela engendre” a t-il expliqué. Aussi, les enfants, qui ne sont pas de grands vecteurs de transmission du Covid-19, jouent un grand rôle dans la propagation de la grippe avec le virus qui se multiplie rapidement et plus longtemps. De fait, la vaccination s’impose pour les personnes à risques dont les enfants mais aussi les professionnels de la santé et même l’entourage de ces personnes à prendre en compte. ” La date idéale de la vaccination est du 1er novembre au 1er décembre par contre les médecins et soignants peuvent être vaccinés assez tôt. Et c’est pareil pour l’infection à pneumocoque”. La position des anti vaccins qui fait débat depuis quelques années a été également soulevée lors de cette rencontre virtuelle. Pour eux, les mesures de distanciation, les masques et le lavage des mains vont limiter la contamination par la grippe. Ils soutiennent aussi que les  vaccins contre la grippe ont une efficacité imprévisible et souvent modeste. Pour Dr Cohen, ce sont de bons arguments mais il estime que le vaccin malgré son degré d’efficacité d’une année à une autre, il est toujours positif (taux de 30 à 70%).” Parmi les mauvais arguments avancés est que les vaccins sont mal tolérés et augmentent le risque d’autres vaccins y compris les coronavirus. Ce qui est faux”, a t-il expliqué.  

Quelle place occupe la Médecine Générale dans la vaccination

Dr Tayeb Hamdi, Vice-président de la Fédération Nationale de la Santé FNS et Chercheur en Politiques et Systèmes de Santé a pour sa part soulevé le rôle de la Médecine générale et  Médecine de Famille dans la prévention en tant qu’intermédiaire dans le cadre de la stratégie nationale de vaccination. “Au sein du cabinet de médecine générale se fait entre autre, la vaccination des enfants selon le calendrier vaccinal, la mise à jour de la vaccination des patients, la vaccination des femmes enceintes, la vaccination des adultes, les rappels et les vaccinations des populations à risques particuliers”, a t-il expliqué.

Pour Dr Hamdi c’est important d’impliquer davantage la médecine générale privée par ce qu’un  médecin convaincu conseille facilement le patient, un médecin vacciné recommande ou vaccine plus ses patients.

Ceci étant,  il est enregistré que malgré la gratuité du vaccin anti-grippal (pris en charge par le ministère de la santé) le taux de vaccination des professionnels ne dépasse pas des fois les 20%. Partant de là, Dr Hamdi recommande que les médecins soient mieux informés sur la vaccination et sur la gravité de la grippe car une bonne partie d’entre eux la considère comme une maladie bénigne.

Dr Hamdi recommande, outre la vaccination, le respect des mesures barrières (distanciation, masque, hygiène, aération des espaces clos, éviter les rassemblements ..) pour freiner aussi bien le covid-19 que la grippe, réduire la durée d’isolement des patients de 14 à 10 jours puis à 7 jours, alléger le protocole thérapeutique et enfin miser sur l’ambulatoire et non l’hospitalier et donc la médecine de ville.

Quid de la vaccination anti-grippale en pédiatrie et chez la femme enceinte?  

Le diagnostic s’avère difficile sur les jeunes enfants et les complications sont fréquentes selon les professionnels de la santé. 8 enfants sur 1 million succombent par ailleurs à la grippe. Dr Bouhmouch insiste à ce titre sur la vaccination des personnes à risques dont les enfants. Du même avis, Pr Amina barkat recommande la vaccination du prématuré contre la grippe et le pneumocoque. Dr S.Agoumi gynécologue révèle de son côté  la réticence rencontré dans la pratique pour administrer un vaccin à une femme enceinte sachant que son état d’immunité est diminué et les risques d’avortement, d’accouchement prématuré hypotrophie foetale voire un risque de décès par grippe”. Pour lui, la vaccination est protectrice d’une large proportion de femmes enceintes puisqu’elle va leur permettre une immunité satisfaisante, une réduction significative des épisodes pulmonaires fébriles et une protection aux nouveaux nés et aux nourrissons. La vaccination des membres de la famille est aussi recommandée.

Quelles recommandations pour le Maroc?

après une synthèse des différentes interventions et recommandations, Pr Chakib avance que les personnes recommandées pour le vaccin contre la grippe sont essentiellement les personne âgées de 65 ans et plus, enfants de 6 mois à 58 mois, femmes enceintes, personnes souffrant de diabète, des affections chroniques cardiaques ou pulmonaires dont l’asthme, néphropathie chronique, cancer, immunodéficience, immunodépression, hémoglobinopathie, obèses. A cela s’ajoute le personnel soignant ainsi que les contacts familiaux des personnes à risque élevé. Et pour préserver le capitale santé des marocains, il est vivement recommandé par les différents intervenants la prise en charge gratuite du vaccin contre la grippe cette année. A ce titre, Dr Moulay Said Afif a annoncé, qu’outre les engagements du ministère de la santé sur l’accessibilité du vaccin pour les personnes démunis, des discussions sont engagées avec  l’Agence nationale de l’assurance maladie sur la possibilité du prise en charge à 100%

Bon à savoir: 

  • Virus de la grippe: Transmission  : gouttelettes, des muqueuses avec les mains, objets contaminés. Incubateurs 2 à 7 jours contagiosité 1-2 jours avant symptômes/4-5 jours après début des symptômes
  • Selon l’OMS, la grippe peut entrainer entre 3 et 5 millions de cas graves et 290 milles décès par an dans le monde. les hospitalisations et les décès concernent surtout les personnes âgées et les malades chroniques. 

 

 

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