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SARS-Cov2: Afrique, la résilience d’un continent

SARS-Cov2: Afrique, la résilience d’un continent
« Le meilleur conseil à donner à l’Afrique est de se préparer au pire et de se préparer dès aujourd’hui », a déclaré solennellement Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) le 18 mars 2020 en appelant les dirigeants africains à « se préparer au pire » face à la propagation de la pandémie Covid-19.  Un mois plus tard, le directeur de l’OMS alarme le monde entier de la rapide progression de l’épidémie sur le continent africain, bien qu’à cette date, l’Afrique ne comptait que 19000 cas infectés et 1000 morts dus au virus. Le directeur de l’OMS nuance  ces chiffres relativement faibles en affirmant qu’ils sont encore hypothétiques car la production des tests de dépistage était en cours. Il va même jusqu'à déclarer que l’Afrique risque fortement d’être le prochain épicentre mondial de la pandémie.  Emboîtant le pas à l’OMS, l’ONU estime que l’épidémie pourrait causer le décès d’au moins 300 000 personnes africains. Un mois après ces déclarations pessimistes, le cataclysme sanitaire tant redouté par l’OMS  sur le continent africain n'a pas eu lieu. L’Afrique s’avère même meilleure élève  que l'Europe ou les Etats-Unis. Trois mois après la déclaration du premier cas en Afrique (14 février en Egypte), le continent compte près de 2 261 décès du au Sars-Cov2 pour 62 266 cas. Avec ces chiffres étonnants pour un continent qui compte 54 nations et 1,2 milliards d’habitants, l’Afrique est vraisemblablement épargnée et le virus semble avoir tué peu d’africains comparé aux 156 111 décès enregistrés en Europe pour 1 731 314 cas répertoriés. "On apprécie le fait qu’à ce jour l’hécatombe ne s’est pas produite" a déclaré Yap Boum, épidémiologiste à Yaoundé et représentant régional d’Epicentre, la branche recherche et épidémiologie de Médecins sans frontières (MSF).

Mais quel est le secret de l’Afrique ?

Se basant sur les carences de l’Afrique en termes de faiblesse de l’infrastructure sanitaire et de systèmes de santé fragilisés par un manque flagrant de personnel médical,  les pronostics alarmistes qui prédisait que le SARS-Cov2  serait  inévitablement dévastateur pour le continent africain, se sont avérés faux et les ravages annoncés n’ont pas eu lieu. Comment alors expliquer la résilience de l’Afrique face à une pandémie qui a causé l’infection de près de 4,2 millions de personnes et la mort de  près de 290 000 habitants à travers le monde?. Plusieurs facteurs ont expliqué l’accalmie africaine face au coronavirus. En Voici les plus évoquées dans la littérature :
- L’Afrique, un continent jeune
Les médecins confirment que la majorité des cas sévères de Covid-19 concerne des personnes de plus de 60 ans, ce qui serait une chance pour le continent africain, où l’âge médian est de 19,4 ans et où 50% de la population a moins de 18 ans et  60 % a moins de 25 ans. En comparaison avec l’un des pays les plus durement frappés, à savoir l’Italie, ce dernier compte 23,1 % de 65 ans et plus, contre 5 % en Afrique.
- Les conditions climatiques pour percer le mystère
C’est l’explication la plus couramment citée. Nous serions tentés de considérer que le coronavirus comme la grippe ou autre maladie saisonnière, serait une maladie qui se répand et se développe  à la saison froide et supporterait mal la chaleur, la sécheresse, voire une forte exposition au soleil.  « Le climat ralentirait la transmission des virus respiratoire, mais on voit aussi des pays chauds durement frappés par le Coronavirus, comme Singapour, le Brésil ou le Pérou » déclare Frédérique Jacquerioz, médecin au service de médecine tropicale et humanitaire aux Hôpitaux universitaires genevois. Ce qui expliquerait pourquoi les populations algériennes, marocaines et sud-africaine vivant sous un climat plus tempéré sont plus touchées par le Sars-Cov2 que les autres pays africains. Toutefois les scientifiques restent  très prudents, à l’image du directeur des affaires internationales de l’institut Pasteur, Pierre-Marie Girard, qui souligne que lors d’expérimentations in vitro il a été constaté que le coronavirus "se multipliait très bien dans la chaleur". En tout cas et en ce qui concerne les deux premiers arguments à savoir le climat de l’Afrique et la jeunesse de sa population,  les anglophones en ont fait un slogan assez révélateur  :   « The virus is old and cold and Africa is young and hot. »
- Une densité faible,  un argument de plus
À l’exception de quelques pays comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Maroc ou l’Algérie, et de certaines grosses mégapole africaines, la densité de population est en moyenne plus faible en Afrique que dans les parties du monde où le coronavirus a fait le plus de ravages, Europe de l’Ouest et Amérique du Nord. On compte en moyenne 42,5 habitants au km2 en Afrique, contre 207 en Italie et… plus de 10 000 dans l’État de New York. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) confirme qu’il s’agit là d’un facteur positif, tout en soulignant que ces chiffres ne sont qu’une moyenne, et que des villes comme Le Caire (près de 20 millions hab.) ou encore Lagos (13 903 000 hab.),  affichent des densités de population records.
- Des déplacements relativement limités
Il s’agit là d’une autre explication rationnelle à la résilience de l’Afrique au Covid-19. En effet, la population africaine se déplace moins, en moyenne, que celle de beaucoup de pays avancés, et les risques de contamination sont en conséquence amoindris. Pour rappel, l’Afrique ne dispose que d’un seul aéroport africain dans la liste des 50 sites mondiaux concentrant le plus de trafic aérien : celui de Johannesburg en Afrique du Sud. Par ailleurs, le  Continent est relativement peu connecté au reste du monde,  les liaisons aériennes vers l’Afrique étant  moins nombreuses que vers le reste les autres continents.
- Une longue expérience face aux épidémies
L’Afrique est « habituée » aux épidémies, et elle en a connu de bien plus meurtrières comme Ebola. Malgré des moyens modestes et une infrastructure sanitaire souvent déficiente, Le personnel soignant mais aussi les populations arrivent à gérer efficacement  des situations de crise sanitaire, des leçons ont été tirées, et des "bonnes pratiques" mises en place. Ce qui constitue un atout indéniable pour l’Afrique. Certaines méthodes de détection, d’isolement des patients, de précautions lors des soins développées précédemment sont duplicables face au coronavirus. Par ailleurs, les autorités des pays africains ont pris la mesure du danger et ont mis en place très tôt le contrôle ou la fermeture des frontières, la distanciation ou le confinement. Enfin, Pour certains professionnels de la santé, l’autre chance de l’Afrique serait qu’elle est indirectement protégée par d’autres traitements comme les antipaludéens dont la chloroquine. D’après ces spécialistes, on noterait moins de contaminations au coronavirus dans les pays les plus touchés par le paludisme. Certes l’Afrique est épargnée pour le moment, mais il n'est pas encore temps de crier victoire. Le Sars-Cov2 est un virus capricieux et mystérieux.  Il a joué depuis le début, de sacrés tours au scientifiques et  aux médecins.  Ce n'est donc pas parce que le virus donne l'impression de circuler moins en Afrique qu'il ne faut pas prendre des précautions et des dispositions drastiques. Rappelons que les nations africaines entrent actuellement en période de déconfinement et c’est là une phase périlleuse que l’Afrique devra appréhender avec prudence afin de sortir de cette pandémie avec le moins  de dégâts humains. Wait and Pray for Africa. Dr. Issam BADREDDINE Biologiste, Expert en Développement Durable

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