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SARS-CoV2 : DISCOVERY, un échec retentissant

SARS-CoV2 : DISCOVERY, un échec retentissant
Devant la polémique provoquée par l’affaire de la Chloroquine, et compte tenu de l’urgence de trouver rapidement un traitement efficace et fiable pour sauver des vies en attendant la découverte d’un vaccin, le 22 mars a marqué un tournant dans la gestion de la Covid-19. En effet, la communauté scientifique se réjouissait du lancement d’un essai clinique européen d’envergure baptisé  « Projet Discovery ». L’objectif était d’évaluer l’efficacité et la sécurité de quatre protocoles thérapeutiques expérimentaux qui pourraient avoir un effet contre le SARS-Cov2. Il s'agit, selon l'INSERM dans l’histoire épidémique, de la première opportunité au moment même de l'épidémie/pandémie, de tester des molécules existantes afin de qualifier leur efficacité éventuelle qui se matérialiserait par une amélioration du statut clinique du patient. L’essai Discovery démarre avec cinq modalités de traitement :
  • soins standards
  • soins standards plus Remdesivir (un antiviral utilisé dans la recherche clinique contre Ebola)
  • soins standards plus Lopinavir et Ritonavir, (un traitement anti-VIH)
  • soins standards plus Lopinavir, Ritonavir et interféron beta
  • soins standards plus Hydroxy-chloroquine (HCQ).
D’après les responsables du projet,  la liste de ces médicaments potentiels est basée sur la liste des traitements expérimentaux classés comme prioritaires par l’Organisation Mondiale de la Santé. Coordonné par l’Inserm (Institut National de la santé et de la recherche médicale en France)  Il était prévu de tester les 4 protocoles sur 3200 patients européens incluant la France (au moins 800 patients), la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Royaume uni, l’Allemagne et l’Espagne.

Quels résultats après plus de deux mois d’essais ?

Les premiers résultats devaient  être communiqués au début du mois d'avril. Deux mois  plus tard, l'ambitieux essai Discovery, n'a toujours pas livré le moindre verdict. Le 7 mai, sur les 3 200 patients devant être recrutés, seuls 740 participaient au projet dont 739 patients français !

Les raisons de l’échec ?

Un premier argument : l’essai clinique a dû être suspendu deux semaines car le Remdésivir n’était plus disponible sur le marché,  et à cause des problèmes de recrutement liés à la préférence  des patients pour l'HCQ. Une autre raison évoqué par les responsables de l’essai : La cible des 3 200 patients européens étaient difficile à atteindre en raison également de problèmes de collaborations internationales : l'Espagne et l'Italie ont préféré rejoindre un essai international  (l’essai  Solidarity) dont les critères méthodologiques sont moins contraignants et moins onéreux. le Royaume-Uni a monté son propre essai, baptisé Recovery, Quant à  la Belgique elle a finalement décidé de ne  participer ni à Discovery, ni à Solidarity. Résultat: Le 6 mai, un seul patient hors de France avait été inclus à l’essai Discovery ! Le  faible nombre de patients enrôlés au moment où l'épidémie commence à reculer,  affaiblit la puissance statistique de Discovery et sa crédibilité, qui pourrait peiner à tirer des enseignements valides sur des médicaments dont on sait qu'aucun n'a un effet très fort affirme le directeur de l’essai et infectiologue, Florence Ader. Elle regrette par ailleurs la profusion des essais qui sont en compétition pour le recrutement des patients, et leur redondance. Dores et déjà, plusieurs spécialistes parlant d’échec total  voire de fiasco !

Un manque d’éthique !

Le  Professeur Christian Perrone  l’un des meilleurs spécialistes mondiaux des  maladies infectieuses et tropicales considère que l'essai manque d'éthique parce qu'il ne teste pas réellement le protocole Raoult (HCQ associé à l’Azythromicine) , mais aussi parce qu'il utilise un groupe témoin traité seulement par des soins de soutien. Selon le Professeur, on dit aux patients qu'ils vont être tirés au sort, et éventuellement ne pas être traités, tout en connaissant très bien les chiffres de mortalité élevés de cette maladie. Ce qui décourage d’emblée les patients à s’enrôler dans l’essai clinique craignant pour leur vie.

Dr. Issam BADREDDINE

Biologiste, Expert en Développement Durable

Commentaires

  • SARS-CoV2 : La Déxamethasone, le miracle de Recovery - Saha.ma

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