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Spécificités de la COVID-19 au Maroc comparativement à l’Algérie et la Tunisie après 20 mois de la pandémie

Spécificités de la COVID-19 au Maroc comparativement à l’Algérie et la Tunisie après  20 mois de la pandémie
Par Dr Saïd EL KETTANI, Médecin spécialiste en Médecine Interne, secteur libéral, Settat, Maroc
La maladie COVID-19 est due au SARS-CoV-2, identifié pour la première fois en Chine le 7 janvier 2020. Les premiers cas ont été rapportés le 31 décembre 2019 dans la ville de Wuhan [1]. Le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait officiellement déclaré que l'épidémie de la COVID-19 était une pandémie [2, 3].  Depuis, les systèmes de santé de tous les pays sont mis à l’épreuve. Car cette crise sanitaire, sans précédent, a révélé des lacunes et des dysfonctionnements quel que soit le degré de développement du pays. Chaque pays a plus ou moins, selon la situation avant la crise sanitaire, fait face à de nombreux problèmes humains et matériels et a dû surmonter des difficultés structurelles ou financières. Notre objectif était de comparer les dynamiques de propagation du virus et de mettre en évidence les spécificités des données épidémiologiques du Maroc comparativement à la Tunisie après vingt mois de la pandémie.
Méthodologie
Après des articles précédents [4, 5], je reprends la comparaison, de la situation épidémiologique de la COVID-19 entre le Maroc et l’Algérie et la Tunisie, après une année de la pandémie. Les données brutes ont été prises des sites19 Worldemeters[6] et Tracker Reuters [7] relatifs aux trois pays et des circulaires et Bulletins épidémiologiques des Ministères de la santé [8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15]. Les données concernant les foyers épidémiques (motif de découverte, signes cliniques des porteurs du virus, conditions de travail, conditions de contamination, respect des consignes de sécurité et des gestes barrière), les aspects cliniques et thérapeutiques et leurs dynamiques évolutives ne sont pas disponibles pour que nous puissions en faire une lecture critique et en tirer les conclusions adéquates. La population au Maroc est 1,17 fois moins nombreuse qu’en Algérie et 3 fois plus nombreuse qu’en Tunisie(Tableau 1). Donc nous nous focaliserons dans la comparaison sur les incidences et sur l’évolution hebdomadaire des chiffres. Certes, les politiques, les systèmes de santé et les capacités de prise en charge et de dépistage, varient entre le Maroc et ces quatre pays mais les différents chiffres permettent de suivre les trajectoires du SARS-CoV-2. Certes, les politiques, les systèmes de santé, les procédures de veille et de riposte ainsi que les capacités de dépistage et de prise en charge, varient dans les deux pays mais les différents chiffres permettent de suivre les trajectoires du SARS-CoV-2. Les chiffres reflètent deux déterminants essentiels : les mise à jour des définitions épidémiologiques des cas suspects [16, 17, 18] et le nombre de tests (moléculaires (RT-PCR) et antigéniques rapides (TAR)) et de tomodensitométries thoraciques réalisés. L’instabilité des chiffres entre un jour et l’autre réside dans la notion de variabilité qui est une constante universelle dans les sciences humaines. C’est ce que nous constatons sur les graphes journaliers, par les dents de scies. Pour pallier à cela, certains chercheurs calculent les moyennes mobiles sur 3 ou 7 jours. Le taux de létalité apparent (TLA), est le rapport entre le nombre de décès imputés à la maladie et le nombre de cas confirmés de celle-ci.  Il sert à évaluer la gravité de la maladie et la qualité de la prise en charge thérapeutique des patients. La majorité des pays ne comptabilisent que les décès survenus dans les structures de traitement, donc les chiffres sont sous-estimés. C’est pour cela que certains épidémiologistes préfèrent le TL global qui combine les décès survenus dans les structures de traitement et dans la communauté. Il donne une indication de l’adéquation de la réponse en termes de prévention des décès évitables. Il serait plus judicieux encore de calculer ou plus tôt d’estimer le TL réel. Il s’agit du rapport entre le nombre de morts et le nombre estimé de tous ceux qui ont été infectés par le virus. Il serait également très intéressant dans le cas particulier du SARS-CoV-2 de calculer le TL spécifique aux formes graves et sévères. Pour comparer la létalité on utilise également le nombre de décès rapporté à 100.000 ou à 1 million d’habitants. Ce paramètre serait plus fiable puisqu’en principe les décès au moins hospitaliers bénéficient de tests diagnostiques de confirmation.
Résultats - Discussion
1- Situation épidémiologique mondiale
Au 20 décembre 2021 le nombre total des malades COVID-19 au niveau mondial était de 275.036.492, l’IC pour 100.000 habitants était de 3528,5et le TLA de 1,95%. Ce TLA n’avait pas cessé de diminuer au niveau mondial, ainsi de 7,0% le 07 mai 2020, il est passé à 5,14 % le 24 juin, à 4,78 % le 02 juillet, à 3,59% le 13 août 2020, à 3,32% le 01 septembre, à 2,97% le 02 octobre 2020, à 2,21% le 19 mars 2021 et à 2,07% le 06 septembre[6, 7].
2- Situation épidémiologique au Maroc
A la date du 20 décembre 2021, un total de 952.814cas confirmés a été enregistré, sur un total de 10.650.872tests réalisés. L’IC des nouveaux cas étant de 2.537,40/100000 habitants. L’incidence hebdomadaire moyenne de 27,46 ± 37,89 cas [0,01-180,35]. Le premier pic journalier de 6195 cas a été enregistré le 12 novembre 2020 et le deuxième pic de 12.039 cas a été enregistré le 05 août 2021. L’évolution a été caractérisée par 14.809 (1,55%) décès et 936.450 (98,28%) guérisons. Parmi les cas dépistés, 1555étaient encore actifs et constitueraient un risque de transmission si les mesures de prévention n’étaient pas bien respectées (Tableau 1).
Tableau 1 : Situation épidémiologique de la COVID-19 au 20 décembre 2021 au Maroc, en Algérie et en Tunisie [6, 7].
Maroc Algérie Tunisie Monde
Nombre d’habitants 37.550.865 45.009.236 11.999.636
Total des tests RT-PCR réalisés à visée diagnostique 10.650.872 230.861 3.268.283 275.036.492
Taux de positivité 8,95% 92,95% 22,06%
Tests/1M pop 283.639 5.129 272.365
Incidence des tests pour 100 000 habitants 28363,85 512,92 27236,52
Nombre total des cas COVID-19 952.814 214.592 721.031 275.036.492
Position mondiale 45 95 51
Incidence cumulée pour 100 000 habitants 2.537,40 476,77 6.008,77 3528,5
Total des cas /1M pop 25,374 4,768 60,088 35,285
Total des décès 14.809 6.184 25.470 5.371.169
Décès par million d’habitants 394 137 2.123 6891
Taux de létalité 1,55% 2,88% 3,53% 1,95%
Total des cas critiques 103 21 76 88509
 
3- Comparaison des premiers cas, premiers décès, nombres de tests et état d’urgence
Au Maroc, le 1er cas a été déclaré le 2 mars et le 1er décès est survenu le 11 mars 2020. Les dates respectives en Algérie et en Tunisie étaient le 25 février (07 jours avant) et le 12 mars et le 02 mars 2020 et le 18 mars (07 jours après celui du Maroc).  Ce décalage temporel doit être pris en compte lors de la discussion de la comparaison. Le 20 décembre 2021, rapporté à 100.000 habitants le Maroc avait effectué 1,04 fois plus de tests que la Tunisie et 54 fois plus qu’en Algérie (Tableau 1) A signaler que la Tunisie avait nettement rattrapé son retard puisque le 02 octobre 2020, toujours rapporté au total de la population, le Maroc avait effectué 3,6 fois plus de tests qu’en Tunisie et le 04 avril 2021 1.7 fois plus. Le taux de positivité des tests est près de deux fois et demi plus bas au Maroc qu’en Tunisie. Cela pourrait être en rapport avec la disponibilité ou les critères d’utilisation des tests. Le taux de positivité algérien (92,9%) est très déconcertant. Dans tous les cas, on pourrait considérer que le Maroc dépiste beaucoup plus que les 2 autres pays ! Au Maroc et en Tunisie l’état d’urgence sanitaire et le début de la levée du déconfinement avaient commencé respectivement le 20 mars [18, 19] et le 11 juin 2020 [20] et le 12 mars et le 04 mai 2020 [15]. Au Maroc l’état d’urgence sanitaire et le début de la levée du déconfinement avaient commencé respectivement le 20 mars [16, 17] et le 11 juin 2020 [18].
4- Evolution des nouveaux cas
L’évolution globale se fait selon des vagues successives plus ou moins longues et plus ou moins hautes espacées parfois de plateaux plus ou moins bien individualisés. Les profils évolutifs des cas confirmés étaient très différents entre les trois pays (Figures 1 et 2), mais avec tout de même certaines similitudes. Ils étaient plus ou moins décalés dans le temps. Ils s’expliquent en partie par la variabilité, le hasard, le changement des définitions [16, 17, 18] [8, 10, 15] l’accessibilité des tests (virologiques, sérologiques et antigéniques rapides) et le degré d’application par les citoyens des mesures barrières pour lutter contre la propagation virale. Les autres facteurs déterminants sont représentés par les mesures entreprises précocement avec notamment la fermeture des frontières et donc le tarissement des cas importés puis l’instauration des mesures préventives et la prise en charge des cas avec leur isolement et le suivi des contacts puis leur dépistage virologique dans une dernière étape [8, 16]. Ne pas oublier également l’apparition de multiples foyers plus ou moins grands industriels, familiaux ou dans les milieux fermés tel les prisons.
4.1- Evolution hebdomadaire des nouveaux cas :
La figure 1, illustre les évolutions des chiffres des nouveaux cas hebdomadaires au niveau des 3 pays. Les chiffres algériens sont près de 10 fois plus bas que ceux du Maroc et de la Tunisie, donc nous les avons classés en axe secondaire pour faire apparaitre la forme de la courbe. Au Maroc l’évolution s’est faite avec deux vagues bien distinctes la première rétalée de S28/2020 à S9/2021, avec un pic de 36396 au cours de S46/2020 et la deuxième de S27/2021 à S42/2021, avec un pic de 66565 au cours de S32. En Algérie nous observons 3 vagues la première avec un pic de 4273 au cours de S30/2020, la deuxième avec un pic de 7359 au cours de S48/2020 et la troisième avec un pic de 10409 au cours de S31/2021. En Tunisie la variabilité est plus importante, nous pouvons observer trois vagues. Les deux premières contiguës, sans baisse significative ni plateau prolongé entre elles, avec un 1er pic de 10326 au cours de S41/2020 et un 2ème pic de 20817 au cours de S3/2021. La troisième vague présente une grande variabilité (courbe en dents de scies) avec un pic de 54697 au cours de S28/2021(Figure 1).
Depuis S42/2021 nous constatons que les chiffres au Maroc et en Tunisie sont en plateau alors que les chiffres algériens sont en constante hausse(Figure 1).
  Figure 1
Figure 1. Evolution hebdomadaire des nouveaux cas de la COVID-19 au Maroc, en Algérie et en Tunisie entre mars 2020 et le 20 décembre 2021 [Les chiffres de l’Algérie ont été placés en axe secondaire à droite]
 
4.2- Incidence cumulées des nouveaux cas
Le 20 décembre 2021, l’IC des nouveaux cas de la COVID-19 pour 100 000 habitants au niveau mondial était de 3528,5. Le Maroc avait enregistré une incidence cumulée des nouveaux cas de la COVID-19 pour 100 000 habitants 5,32 fois plus que l’Algérie (2.537,40versus 476,77) et 2,36 fois moins que la Tunisie (2.537,40 versus 6.008,77). Ces incidences étaient très corrélées au nombre de tests réalisés. Lors de dates antérieures, les différences des IC des nouveaux cas étaient totalement différentes. Ainsi, le 02 octobre 2020, elles étaient au Maroc de 347,27, contre uniquement 166,42 en Tunisie et 117,70 en Algérie. Et le 04 avril 2021, elles étaient au Maroc de 1337,75, contre 2183,01 en Tunisie et 264,63 en Algérie.
4.3- Evolution hebdomadaire des incidences des nouveaux cas
La figure 2 montre la comparaison des incidences hebdomadaires, elle a la même forme que la figure 1, mais elle prend en considération le nombre total de la population. De S49/2020 à S32/2021 les incidences hebdomadaires tunisiennes étaient très supérieures à celles du Maroc. Les chiffres algériens sont beaucoup trop bas par rapport à ceux des 2 autres pays ! Je n’ai aucune explication plausible à proposer en dehors du fait que le nombre de tests est trop bas et le taux de positivité est excessivement élevé. Figure 2
Figure 2. Evolution hebdomadaire des incidences des nouveaux cas de la COVID-19 au Maroc, en Algérie et en Tunisie entre mars 2020 et le 20 décembre 2021
4.4- Evolution des Incidences des nouveaux cas au cours des 10 dernières semaines
Au Maroc après une baisse soutenue des incidences et une stabilisation pendant près de 4 semaines nous constatons une ascension entreS50et S51 de 1,49 fois, en En Algérie 1,27 fois et en Tunisie de 1,26 fois. Donc sommes nous devons une nouvelle vague dans les trois pays ? Figure 3
Figure 3. Evolution hebdomadaire des incidences des nouveaux cas de la COVID-19 au Maroc, en Algérie et en Tunisie au cours des 10 dernières semaines soit entre S42/2021 et S51/2021
5- Comparaison des décès 
L’analyse de l’évolution temporelle des décès liés à la COVID-19 doit prendre en considération que parfois il y a un décalage entre la déclaration des nouveaux cas et la notification des décès. Ceux-ci surviennent plusieurs jours après. Donc certains malades décédés par exemple pendant la semaine S3-2021 ont été déclarés pendant la semaine S51-2020 ! Cette règle ne s’applique pas aux cas hospitalisés immédiatement dans un état très grave voire agonisants.
5.1- Evolution hebdomadaire des incidences des décès 
Dans les trois pays l’évolution des décès suit celles des nouveaux cas, sauf pour l’Algérie. La figure 4, illustre les évolutions des incidences hebdomadaires des décès au niveau des 3 pays. Les chiffres algériens sont près de 10 fois plus bas que ceux du Maroc et de la Tunisie, donc nous les avons classés en axe secondaire pour faire apparaitre la forme de la courbe. Au Maroc l’évolution s’est faite avec deux vagues bien distinctes la première rétalée de S31/2020 à S9/2021, avec un pic de 1,45 au cours de S47/2020 et la deuxième de S29/2021 à S42/2021, avec un pic de 2,08 au cours de S42/2021. En Algérie nous observons 3 vagues la première avec un pic de 0,32 au cours de S14/2020, la deuxième avec un pic de 0,31 au cours de S48/2020 et la troisième avec un pic de 0,59 au cours de S32/2021. En Tunisie la variabilité est plus importante surtout lors de la troisième vague. Les deux premières vagues étaient contiguës, sans baisse significative ni plateau prolongé entre elles, avec un 1er pic de 4,44 au cours de S45/2020 et un 2ème pic de 4,44 au cours de S4/2021. La troisième vague présente une grande variabilité (courbe en dents de scies) avec un pic de 12,60 au cours de S31/2021 (Figure 4). Depuis S42/2021 nous constatons que les chiffres au niveau des trois pays sont en plateau (Figure 4).   Figure 4
Figure 4. Evolution hebdomadaire des incidences des décès liés à la COVID-19 au Maroc, en Algérie et en Tunisie entre mars 2020 et le 20 décembre2021 [Les chiffres de l’Algérie ont été placés en axe secondaire à droite]
5.2- Comparaison des taux de létalité apparents des TLA
A la date du 20 décembre 2021, le TLA à l’échelle mondiale était de 1,95%. Au Maroc il était 1,85 fois plus bas qu’en Algérie (1,55% versus 2,88%) et 2,27 fois plus bas qu’en Tunisie (1,55% versus 3,53%) (Tableau 1). Lors de dates antérieures, les différences entre les TL enregistrés étaient parfois différentes. Ainsi, le 02 octobre 2020, les TL étaient au Maroc de 1,76%, en Algérie de 3,37% et en Tunisie de 1,37%. Donc lors des 5 derniers mois la Tunisie est passé de la quatrième place à la deuxième place et l’Algérie de la deuxième place à la troisième place. La comparaison des TLA entre pays doit prendre en considération le nombre réel des malades. Ce chiffre dépend des définitions épidémiologiques des cas [8, 10, 15] et essentiellement du nombre de tests virologiques (moléculaires, antigéniques rapides, sérologiques) réalisés. Plus le nombre de tests effectués est grand, plus on enregistre de cas confirmés et donc plus le TLA devrait théoriquement baisser. Le Maroc a réalisé plus de tests que la Tunisie. La comparaison doit également prendre en considération le sexe, l’âge, la santé globale du malade et la gravité de la maladie à l’admission (asymptomatique, symptomatique, état critique). Celle-ci dépend du délai entre le début des signes cliniques et la première consultation puis de l’évocation de la suspicion à la réalisation du test, à l’obtention du résultat, puis finalement le démarrage du traitement [19].  Sont également à prendre en considération, le lieu du traitement (hôpital, à domicile ou ailleurs), la qualité de la prise en charge et les protocoles thérapeutiques particulièrement des formes graves et les critères de recensement des morts. L’OMS estime que la véritable mortalité de la COVID-19 mettra du temps à être pleinement connue. Le TLA en fin de pandémie, sera significatif des politiques de santé publique menées dans chaque pays.
5.3- Comparaison des nombres de décès par million d’habitants
Nous avons déjà montré les limites du TLA dans la comparaison entre pays. Etant donné la grande difficulté de calculer le TL réel, voyons-le nombre de décès par million d’habitants. A la date du 20 décembre 2021, ce nombre au niveau mondial était de 6891, en Tunisie 2123 et au Maroc 394 et en Algérie 137 (Tableau 1). Comment doit-on expliquer que le nombre de décès par million d’habitants en Tunisie soit 5 fois plus élevé qu’au Maroc alors que le TLA n’est que 2 fois plus élevé ?
5.4- Causes des décès
Au Maroc, l’analyse des causes de décès liés à la COVID-19, avait révélé le 07 mai 2020[9] sur un total de 2521 cas que les facteurs les plus significatifs (p<0,005) étaient l’âge ≥ 65 ans, le sexe masculin, l’obésité, l’hypertension artérielle et le diabète sucré [9, 10]. Par la suite lors d’un Webinar organisé le 22 septembre 2020, Dr Youbi Directeur de l’épidémiologie au Ministère de la santé avait révélé que les facteurs les plus significatifs chez les décédés étaient l’âge ≥ 65 ans, la présence de cancer et le sexe masculin [22]. Au lieu d’analyser le TLA il faudrait analyser le TL spécifique aux formes graves ou sévères. Cela permet de mettre en exergue la vraie gravité de la maladie et non l’aspect médiatique et l’aspect de saturation du système de santé du fait de l’afflux massif des malades. Lors du Webinar organisé par la Société Marocaine des Sciences Médicales le 11 août 2020[21], Pr Lahcen Barrou chef du service réanimation du CHU de Casablanca avait rapporté que 23% des malades dans un état grave mouraient à l’accueil des urgences et que le TL spécifique aux formes graves était de 85%[21].
6- Cas critiques, surcharge des services réanimation
Le 20 décembre 2021 le chiffre des cas critiques était 103 au Maroc, 21 en Algérie et 76 en Tunisie (Tableau 1). Ces chiffres sont relativement faibles pour avoir un impact sur le fonctionnement des lits de réanimation ou de soins intensifs.
7- Vaccination anti-Covid
Le Maroc a vacciné complètement 61% de sa population alors que la Tunisie n’a vacciné que 465% et l’Algérie uniquement 12%.
Tableau 3 : Pourcentage de la vaccination anti COVID-19 au 12 mars 2021 [23]
% de la population complétement vaccinée (2 doses) % de la population partiellement vaccinée (1 dose) % total
Monde 48% 9,3% 57%
Maroc 61% 4,5% 66%
Tunisie 46% 7,8% 54%
Algérie 12% 3,3% 16%
 
Conclusion
La population au Maroc est 1,17 fois moins nombreuse qu’en Algérie, et 3 fois plus nombreuse qu’en Tunisie. Au Maroc, le 1er cas a été déclaré le 2 mars et le 1er décès est survenu le 11 mars 2020. Au niveau des deux autres pays, les dates respectives étaient globalement les mêmes ou avec quelques jours de décalage. A la date du 20 décembre 2021, rapporté au total de la population, le Maroc avait effectué 1,04 fois plus de tests diagnostiques que la Tunisie et 54 fois plus qu’en Algérie. Il avait enregistré une incidence cumulée des nouveaux cas de la COVID-19pour 100 000 habitants, 5,32 fois plus que l’Algérie (2.537,40 versus 476,77) et 2,36 fois moins que la Tunisie (2.537,40 versus 6.008,77). Les profils évolutifs des nouveaux cas étaient très différents entre les trois pays. Les pics des vagues étaient plus ou moins décalés dans le temps. Depuis les cinq dernières semaines nous observons une certaine stabilité des chiffres marocains et algériens avec des incidences inférieures à 4 cas pour 100000 habitants, avec tout de même une certaine accélération lors de la dernière semaine. Alors que la Tunisie semble être dans une phase ascendante sa quatrième vague. A la date du 20 décembre 2021, le TLA à l’échelle mondiale était de 1,95%. Au Maroc il était 1,85 fois plus bas qu’en Algérie (1,55% versus 2,88%) et 2,27 fois plus bas qu’en Tunisie (1,55% versus 3,53%). Le Maroc a enregistré un nombre de décès par million d’habitants de 394. Ce nombre était 5,38 fois plus bas qu’en Tunisie et 2,87 fois plus élevé qu’en Algérie. Il est logique de penser que les systèmes de santé et les moyens mis en œuvre dans les trois pays soient différents. Chaque pays a sa propre dynamique évolutive. Les chiffres sont plus décalés dans le temps en Tunisie. Les évolutions quotidiennes et mensuelles des nouveaux cas sont très différentes. Les études scientifiques sérieuses décortiquant les particularités cliniques, biologiques et thérapeutiques permettront de répondre à de multiples questions. La COVID-19 et son virus le SARS-CoV-2 n’ont pas encore révélé tous leurs mystères.
said_elkettani@hotmail.com             said.elkettani@gmail.com
https://independent.academia.edu/SaidELKETTANI/Papers
https://www.researchgate.net/profile/Said_Kettani
Références
(1) Lu H et al. Outbreak of pneumonia of unknown etiology in Wuhan, China: The mystery and the miracle. J Med Virol. 2020 ;92 :401-2.
(2) COVID-19 – Chronologie de l’action de l’OMS, https://www.who.int/fr/news-room/detail/29-06-2020-covidtimeline (dernier accès le 15 août 2020
(3) Sohrab C et al. World Health Organization declares global emergency: A review of the 2019 novel coronavirus (COVID-19). Int J Surg.  2020; 76:71-6.
(4) Saïd EL KETTANI. Comparaison entre le Maroc, et certains pays arabes (Algérie, Tunisie, Egypte et Jordanie) au 6ème mois de la pandémie de la COVID-19. 25 septembre 2020.  https://www.doctinews.com/index.php/actualite/covid-19/item/8360-covid-19
(5) Saïd EL KETTANI, Mohamed KAHHOULI. Spécificités de l’épidémiologie de l’infection virale par le SRAS-CoV-2 au Maroc. Journal de Biologie Médicale / Volume 9-Numéro 34/ Juil-Sep 2020 pages 92-97
(6) https://www.worldometers.info/coronavirus/#countries
(7) Reuters COVID-19 Tracker: https://graphics.reuters.com/world-coronavirus-tracker-and-maps/fr/
(8) Ministère de la Santé. Plan national de veille et de riposte à l’infection par le coronavirus 2019-nCoV version du 27/01/2020.
(9) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°5 du 11/05/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc
(10) Mise à jour de la définition de cas et du Protocole de prise en charge des cas de COVID-19 et leurs contacts. Circulaire Réf : 038 /DELM/00 du 20/05/2020
(11) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°6 du 25/05/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc
(12) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°7 du 17/06/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc
(13) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°8 du 30/06/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc
(14) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°9 du 06/08/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc
(15) Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes. COVID-19 en Tunisie : Point de situation à la date du 26 avril 2020. http://www.onmne.tn/fr/
(16) Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes. COVID-19 en Tunisie : Point de situation à la date du 25 mai 2020. http://www.onmne.tn/fr/
(17) Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes. COVID-19 en Tunisie : Point de situation à la date du 07 juin 2020
(18) Maroc : Le décret-loi n°2-20-292 du 23 mars 2020 relatif à la déclaration de l'état d'urgence sanitaire
(19) Maroc : Le décret n°2-20-293 du 24 mars 2020 qui réglemente l'état d'urgence sanitaire pour endiguer l'épidémie de Covid-19.
(20) Le décret N° 2.20.330 portant prolongation de l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du territoire national
(21) Covid-19 : Au Maroc, la lenteur de la détection contribue à l'explosion des cas. https://medias24.com/covid-19-au-maroc-la-lenteur-de-la-detection-contribue-a-aggraver-la-situation-12374.html
(22) Youbi M. Pandémie Covid-19, Epidémiologie et perspectives de surveillance et de riposte au Maroc. 22/09/2020. DELM
(23) OurWorldinData. https://ourworldindata.org/covid-vaccinations?country=OWID_WRL

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