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« Un enfant diabétique doit mener une vie normale »

« Un enfant diabétique doit mener une vie normale »
Le diabète chez l'enfant peut être  causé par plusieurs facteurs autres que la prédisposition génétique dont notamment la pollution. Un apport insuffisant en vitamine D pendant l’enfance augmenterait le risque de diabète de type1. Explications du Docteur Khadija Moussayer, Spécialiste en médecine interne et en Gériatrie,  Présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS) et  Vice-présidente de l’association marocaine des intolérants et allergiques au gluten (AMIAG).     
Saha.ma:Comment un enfant en bas âge peut il contracter le diabète ?
Le  diabète comporte  deux formes : le diabète de type 2, dit gras ou de la maturité, le plus fréquent, et le diabète de type I (précédemment connu sous le nom de diabète juvénile ou  insulinodépendant).  Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune qui résulte de la destruction par notre système immunitaire de cellules du pancréas  qui produisent l’insuline. Cette hormone permet aux cellules de l’organisme de transformer  le glucose en énergie  et  de réguler la quantité de sucre dans le sang. Le diabète touche actuellement  plus de 350 millions de personnes  dans le monde et entre 2 et 3 millions au Maroc, du fait de l’augmentation de l’obésité qui a  entrainé une explosion du nombre des diabétiques de type 2.  Ce que l’on sait moins, c’est que le  diabète de type 1 (DTI) connait une progression alarmante  partout dans le monde avec un taux annuel de plus de 3%  et concerne entre 10 et 15 % du total des malades diabétiques actuellement. Dans certains pays comme la Finlande (pays le plus touché au monde avec un taux de prévalence de 64/100 000 personnes), on s’attend à un doublement du nombre de ces diabètes dans les 15 ans à venir. De plus, de plus en plus d’enfants en bas âge en sont frappés,  alors que traditionnellement ce type, qui touche presque exclusivement les enfants et les adolescents, se manifestait en général entre 10 et 14 ans.  En France maintenant,  la proportion des enfants diabétiques de type 1 parmi tous les  enfants diabétiques est de  25 %  entre 0 et 4 ans, d’environ 30 % entre 5 et 9 ans et de près de 40 % entre 10 et 14 ans. Cette explosion est due à plusieurs facteurs (autres que la prédisposition génétique), dont notamment la pollution. Plus de 100 000 produits chimiques industriels accompagnent notre vie quotidienne : pesticides, nitrates, métaux lourds, particules fines et dioxyde d’azote dégagés par les automobiles… certains de ces produits sont considérés comme des perturbateurs endocriniens et considérés à risque dans le développement des maladies auto-immunes. Par ailleurs, un apport insuffisant en vitamine D  pendant l’enfance augmenterait le risque de diabète de type1. Son accroissement est en effet prouvé dans les  pays nordiques où l’exposition au rayonnement ultraviolet B et l’approvisionnement en vitamine D sont faibles.
Si l'un des parents a une maladie auto-immune autre que le diabète est ce que cela  peut causer un diabète chez l'enfant ?
Il existe une certaine prédisposition génétique à sa survenue quand  d’autres membres de la famille sont touchés par la maladie. Ainsi, quand l’un des  parents est  atteint du diabète de type 1,  Le risque pour l’enfant d’en être touché est  de 30 % et il est de 50 % pour les vrais jumeaux (si l’un des deux est atteint, l’autre sera atteint dans la moitié des cas). Cette prédisposition dépend notamment de notre complexe majeur d’histocompatibilité encore appelé système HLA (Human leukocyte Antigen),  un groupe de molécules situé à la surface des cellules qui permet au système immunitaire de reconnaitre ce qui appartient à l’organisme du contraire. Certains types d’HLA  augmentent le risque de développer un diabète de Type 1.
Quels sont les symptômes permettant de savoir si un enfant souffre de diabète ?
La maladie se manifeste d’abord par une soif abondante, des urines fréquentes, un appétit anormalement élevé, puis par un amaigrissement et une fatigue. Si le diagnostic tarde, l’enfant peut présenter des nausées, des vomissements et des troubles respiratoires. Au stade ultime, le malade peut tomber dans le coma. Le diabétique de type 1 a en outre, plus  de risques de présenter d’autres maladies auto-immunes associées à son diabète notamment l’hypothyroïdie et la maladie cœliaque : cette dernière  étant   20 fois plus fréquente chez les diabétiques de type 1, son dépistage doit être systématique en cas de diabète de type 1.
Comment se fait la prise en charge d'un enfant en bas âge atteint de diabète ?
Le traitement de ce type de diabète quelque soit l’âge  repose exclusivement sur les injections d’insuline effectuées plusieurs fois par jour et à vie. On utilise des insulines rapides dont l’action est quasiment immédiate mais de courte durée   pour baisser le taux de glucose après prise alimentaire et des insulines ultra lente (insulines basales)  qui sont actives pendant environ 24 heures et assurent la présence permanente d’insuline dans le sang tout au long de la journée, comme chez un individu non diabétique. Des lecteurs flash du glucose permettent actuellement aux patients de vérifier leur glycémie  sans se piquer le doigt, grâce à un petit capteur installé sur la peau. Des pompes à insuline sont également utilisées de la taille d’un téléphone portable et fixées à la ceinture, elles injectent directement l’insuline via un cathéter. Le patient doit tout de même surveiller régulièrement sa glycémie pour adapter les doses à injecter.  Des pancréas artificiels sont en voie de réalisation : elles se présentent comme des pompes à insuline  capables d’adapter automatiquement la dose à injecter.
 Quels sont les risques du diabète type 1 sur l'évolution des enfants et leur santé ?
Les  risques sont considérables mais de mieux en mieux maitrisables, quand on sait que ces très jeunes malades auront une durée de vie plus longue avec la maladie. Les complications consistent en une atteinte des petits vaisseaux sanguins en particulier de l’œil et du rein, à l’origine d’une rétinopathie et d’une néphropathie qui surviennent chez respectivement 95% et 30% des sujets atteints au bout de 15 ans d’évolution de la maladie. Les gros vaisseaux sont également touchés et à l’origine de pathologies cardiovasculaires. L’atteinte des nerfs entraîne des neuropathies dans 50 % des cas après 25 ans d’évolution, sous forme notamment de pertes de sensibilité, surtout au niveau des pieds, diarrhées, hypotension orthostatiques… De plus, certains verront leur sort aggravé par l’apparition d’autres maladies auto-immunes  dans 15 % des cas, comme la maladie cœliaque, pathologie la plus fréquemment associée au diabète de type 1, de par leur terrain génétique identique. Pour éviter au maximum la survenue de ces complications, il faut veiller scrupuleusement à l’équilibre de ce type de diabète.
 Est ce qu’un enfant atteint de diabète doit suivre un régime particulier ?
Les enfants et les adolescents doivent avoir une alimentation suffisante en quantité et en qualité  pour une croissance normale.
  • Il est fortement conseillé d’uniformiser les habitudes alimentaires familiales pour éviter l’isolement de l’enfant et  éviter les régimes trop restrictifs et les interdits abusifs.
  • Il faut juste veiller à limiter les sucreries et leur proposer une alimentation équilibrée, riche en aliments à faible indice glycémique, en vitamines et en minéraux.  Les sucres rapides,  utiles pour traiter rapidement une hypoglycémie, ne doivent pas représenter plus de 10 % de la ration calorique totale et surtout ne pas être consommés entre les repas car ils perturbent l’équilibre glucidique.
  •  Il est recommandé de prendre des féculents à chaque repas  à index glycémique bas tels : Les légumes secs (lentilles, fèves, pois chiches), les féculents complets (riz complet ou sauvage, blé complet, épeautre, quinoa). Il faut limiter le riz, le pain et les pâtes blancs (surtout trop cuits) à fort index glycémique. La pomme de terre est considérée comme un féculent et elle à un index glycémique élevé.
Des légumes doivent être pris à chaque repas pour apporter une bonne ration de fibres.  Privilégier les matières grasses bonnes pour la santé : l’huile d’olive, l’avocat, Les noisettes, les noix, les amandes, Les poissons gras.
Le diabète réduit l'immunité. Est ce qu'un enfant en bas âge doit continuer à aller à la crèche avec le risque de contracter des infections ?
A contrario, l’excès d’hygiène et le manque de confrontation aux microbes est un élément perturbateur du système immunitaire, il est justement  mis en avant dans la survenue de la maladie. En effet, l’hygiène a permis de mieux protéger les bébés  et de mettre fin à la forte mortalité infantile des siècles précédents. Le problème est que maintenant l’excès de propreté empêche le système immunitaire d’apprendre à reconnaître les ennemis dont il doit se défendre.  Les cellules immunitaires sont  alors désorientées et s’attaquent par erreur à notre corps. Ainsi, on assiste à la disparition progressive des infections classiques de la petite enfance, remplacée par  un accroissement des maladies allergiques et auto-immunes. Ainsi, les bébés nés par voie basse et exposés aux premières bactéries au travers du rectum de la mère ont un risque beaucoup moins élevé de contracter des allergies que les bébés nés par césarienne. D’autre part, des agents infectieux pourraient  être la cause du déclenchement de la maladie : des bactéries, les streptomyces, présents dans les tubercules de plantes comme la pomme de terre, exerceraient une toxicité à l’encontre des cellules productrices d’insuline. Une étude scientifique en 2008 a montré une relation entre la consommation de pommes de terre pendant la grossesse et un développement de réactions contre ces cellules. Cela dit, un enfant diabétique doit mener une vie normale en dépit de sa maladie : scolarisation, activité physique et sociabilisation ….
Est ce qu'il est possible aujourd'hui de  greffer des cellules de pancréas capables de remplacer les cellules ne produisant plus d’insuline. Comment cela se passe t-il ?
Chez certains  patients diabétiques  non équilibrée par l’insulinothérapie, la greffe d’îlots de Langerhans dans le foie  peut être un recours. Les cellules sont injectées dans la veine menant au foie. Elles se nichent et se revascularisent dans cet organe, où elles se mettent à produire de l’insuline. Cette approche nécessite un traitement immunosuppresseur lourd et une surveillance régulière pour éviter le rejet de greffe. La greffe de pancréas est une  opération très lourde, elle n’est envisagée que pour les cas extrêmes. En tout état de cause, on peut envisager l’avenir avec un certain optimisme  car la recherche scientifique sur cette pathologie est  très importante et les traitements  de la maladie comme de ses conséquences font d’énormes progrès actuellement. On peut penser que, d’ici 15-20 ans, elle deviendra un trouble chronique certes mais relativement banale.

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