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COVID-19 : Comparaison entre le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie au 7ème mois de la pandémie

Par Dr Saïd EL KETTANI
Spécialiste en Médecine interne, secteur libéral, Settat, Maroc/.  said.elkettani@gmail.com
https://independent.academia.edu/SaidELKETTANI/Papers
https://www.researchgate.net/profile/Said_Kettani

Introduction

La maladie COVID-19 est due au virus SARS-CoV-2 identifié pour la première fois en Chine le 7 janvier 2020. Les premiers cas ont été rapportés le 31 décembre 2019 dans la ville de Wuhan [1]. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a le 11 mars 2020, que l’épidémie de COVID-19 était une pandémie [2, 3].

Méthodologie

Dans ce papier, j’essaie d’analyser l’évolution de la situation épidémiologique au Maroc en la comparant avec celle de quatre pays arabes. Les données brutes ont été prises des sites Worldometers relatifs aux cinq pays [4] et des circulaires et Bulletins épidémiologiques du Ministère de la santé [5, 6, 7, 8, 9, 10, 11]. 11] et également de journaux électroniques étant donné que le communiqué de presse quotidien du Ministère de la santé était purement verbal pendant plusieurs mois.

La population au Maroc est trois fois plus nombreuse que la population en Tunisie et en Jordanie. Elle est également légèrement moins nombreuse qu’en Algérie mais plus de deux fois (2,7) moins nombreuse qu’en Egypte (Tableau 1).

Donc nous nous focaliserons dans la comparaison sur les incidences et sur l’évolution mensuelle des chiffres. Certes, les politiques, les systèmes de santé et les capacités de prise en charge et de dépistage, varient entre le Maroc et ces quatre pays arabes mais les différents chiffres permettent de suivre les trajectoires du SARS-CoV-2.

Les chiffres reflètent deux déterminants essentiels : les mise à jour des définitions épidémiologiques des cas suspects [5, 7] et le nombre de tests virologiques RT-PCR réalisés.

Pour pallier à la complexité de l’analyse des chiffres quotidiens, du fait de la variabilité plus ou moins importante selon le pays, je vais analyser les chiffres mensuels. L’instabilité des chiffres entre un jour et l’autre réside dans la notion de variabilité qui est une constante universelle dans les sciences humaines. C’est ce que nous constatons sur les graphes journaliers, par les dents de scies. Pour pallier à cela, certains chercheurs calculent les moyennes mobiles sur 3 ou 7 jours.

Le taux de létalité apparent (TLA), est le rapport entre le nombre de décès imputés à une maladie et le nombre de cas confirmés de celle-ci. Il est facile à calculer. Il sert à évaluer la gravité de la maladie et la qualité de la prise en charge thérapeutique des patients.

La majorité des pays ne comptabilisent que les décès survenus dans les structures de traitement, c’est notamment le cas du Maroc, donc nos chiffres sont sous-estimés.

C’est pour cela que certains épidémiologistes préfèrent le TL global qui combine les décès survenus dans les structures de traitement et dans la communauté. Il est suivi pendant toute la durée de l’épidémie et donne une indication de l’adéquation de la réponse en termes de prévention des décès évitables. En épidémiologie comparative, il serait plus judicieux encore de calculer ou plus tôt d’estimer le TL réel, Il s’agit du rapport entre le nombre de mort et le nombre estimé de tous ceux qui ont été infectés par le virus. Il serait également très intéressant dans le cas particulier du SARS-CoV-2 de calculer le TL spécifique aux formes graves ou sévères.

Résultats

1- Situation épidémiologique mondiale

Selon le décompte tenu par le site Worldometers [4] au niveau mondial au 08 octobre 2020 le nombre total des malades COVID-19 était de 36 796 100, l’incidence cumulée pour 100.000 habitants était de 472,10 et le TLA de 2,90%. Ce TLA n’avait pas cessé de diminuer au niveau mondial, ainsi de 7,0% le 07 mai, il est passé à 5,14 % le 24 juin, à 4,78 % le 02 juillet, à 3,59% le 13 août 2020 puis à 3,32% le 01 septembre [4]. Mais si l’on regarde le détail par pays, on constate des différences énormes, passant de moins 1% à 18,5 % et plus. Au niveau de certains pays arabes, au 08 octobre, les TLA variaient entre 5,78% en Egypte, 3,39%en Algérie, 1,74% au Maroc, 1,52% en Tunisie et 0,67% en Jordanie [4]. Pour autant, cela ne veut pas dire que le système de soins dans un pays est bien meilleur qu’un autre, ou que les ressortissants d’un pays sont plus résistants.

2- Situation épidémiologique au 08 octobre 2020

Au Maroc, le premier cas de la COVID-19 a été déclaré le 08 mars 2020 et le 1er décès le 11 mars 2020. A la date du 08 octobre, un total de 142 953 cas confirmés a été enregistré, sur un total de 2 803 491 prélèvements. L’incidence cumulée étant de 386,06/100 000 habitants (avec une incidence quotidienne moyenne aux alentours de 546,8 ± 810,5 cas [1-2929]). Le pic de 2929 a été enregistré le 08 octobre.

L’évolution a été caractérisée par 2486 (1,74%) décès et 120 275 (84,14%) guérisons. Parmi les cas dépistés, 20 192 (14,12%) étaient encore actifs et constitueraient un risque de transmission si les mesures de prévention n’étaient pas bien respectées (Tableau 1).

Le Maroc a fait un effort important en matière de disponibilité des réactifs virologiques et des laboratoires. De deux laboratoires au début de la crise, nous sommes passé à deux laboratoires mobiles et 28 laboratoires fixes répartis sur tout le territoire (Ministère de la Santé, Hôpitaux militaires et à but non lucratif).

Rapporté au total de la population le Maroc a effectué quatre fois 3.41 plus de tests qu’en Tunisie et 1.77) fois moins de tests qu’en Jordanie. Les chiffres algériens et égyptiens ne sont pas disponibles.

Le 08 octobre, l’incidence cumulée pour 100 000 habitants au niveau mondiale était de 446,90. Au niveau des cinq pays arabes analysés dans cet article, le Maroc vient en tête avec 386,06 suivi de la Tunisie (226,96), de la Jordanie (210,32), de l’Algérie (119,51) et de l’Egypte (101,27) (Tableau 1).

Ainsi au 6ème mois la Tunisie était classée 4ème et actuellement deuxième !

Le 08 octobre le TLA au niveau mondial était de 2,90%. Au niveau des cinq pays arabes analysés dans cet article, l’Egypte vient en tête avec 5,78% suivi de l’Algérie (3,39%), le Maroc (1,74%), la Tunisie (1,52%) puis la Jordanie (0,67%).

Au Maroc et en Tunisie l’état d’urgence sanitaire et le début de la levée du déconfinement ont commencé respectivement le 20 mars [12, 13] et le 11 juin 2020 [14] et le 12 mars et le 04 mai 2020 [15].

3- Evolution quotidienne des nouveaux cas :

L’évolution quotidienne des nouveaux cas (Figure 1) est très différente entre les cinq pays. L’évolution globale se fait selon des vagues successives plus ou moins longues et plus ou moins hautes (moyennes mobiles des courbes).

Au Maroc après de discrètes vagues pendant les mois d’avril (pic de 281 cas le 17 avril) et de mai et surtout une vague fin juin (deux pics successifs, de 539 le 19 juin et 563 le 24 juin) à moitié juillet nous avons assisté depuis moitié juillet à une vague importante qui ne cesse de progresser (un pic de 1499 enregistré le 12 août puis un autre pic de 1776 le 15 août). Pendant les 2 dernières semaines d’août nous avions assisté une relative stagnation. Puis les chiffres sont repartis à la hausse.

Depuis la deuxième semaine de septembre nous enregistrons des chiffres qui dépassent les 2000 cas par jour avec un pic de 2929 cas enregistré le 08 octobre. Peut-être qu’on est vraiment dans le début réel de l’épidémie au Maroc (Figure 1) !

La Tunisie et la Jordanie ont semble-t-il des évolutions similaires à celle du Maroc. En Tunisie après l’apogée début avril nous avons assisté à une accalmie assez longue puis une nouvelle vague est apparue pendant la deuxième moitié de juin. Puis la hausse était continue et persistante. On pourrait presque parler d’une véritable deuxième vague (On pourrait parler d’une véritable deuxième vague dont le sommet sera imprévisible (Figure 1).) ! Les choses sérieuses commencent à apparaitre. Le Maroc vient juste de commencer à attendre son pic (Figure 1).

En Algérie le pic semble dépassé, il a eu lieu le 24 juillet 2020 avec 675 cas.

En Egypte le maximum de l’épidémie a eu lieu le 19 juin avec un pic de 1774 nouveaux cas, la courbe a globalement l’aspect d’une cloche. La dégression est encore actuelle. Il serait difficile de prévoir l’avenir ! On pourrait dire que l’Egypte a fini sa première phase épidémique, l’Algérie est en train d’en sortir,

4- Evolution mensuelle des incidences des nouveaux cas

Nonobstant les chiffres qui sont plus élevés au Maroc comparativement aux autres pays, nous constations que les évolutions mensuelles des incidences des nouveaux cas globalement sont assez similaires entre le Maroc, la Tunisie et la Jordane (Figure 2).

On constate une recrudescence des incidences en juillet, en août et surtout en septembre. On pourrait parler de deuxième vague dont le sommet n’est pas encore atteint.

Alors qu’en Algérie et en Egypte les courbes sont en phase de baisse et il semblerait que c’est deux pays ont aplati leurs courbes.

5- Evolution mensuelle des décès

Au niveau du Maroc le nombre des décès a explosé en août, il a été multiplié par plus de 6 fois comparativement à juillet. En Tunisie, Algérie et Jordanie les évolutions étaient globalement assez constantes. Au niveau de l’Egypte le nombre de décès était en constante hausse pendant les 4 premiers mois puis om a commencé à chuter (Figure 3).

6- Evolution mensuelle des taux de létalité

Pendant les 7 mois, les évolutions mensuelles étaient très différentes dans les cinq pays.  Au Maroc après une baisse constante du TLA entre mars et juin, nous avons assisté à une hausse régulière avec doublement du TLA en juillet puis en août. Puis le TLA a diminué en septembre. En Tunisie le TLA avait constamment augmenté entre mars et mai puis avait diminué en juin et en juillet, pour reprendre progressivement son ascension en août et en septembre. En Algérie le mois d’avril a enregistré le taux le plus élevé (12,34%). Depuis juillet le TLA est en hausse progressive. En Egypte, après une baisse relative en mai et juin les chiffres de s TLA sont en constante hausse. Le pic a été enregistré avec 12.7% en août. En Jordanie le mois de juillet ta été le plus meurtrier avec un TLA de 3.3% (Figure 4).

DISCUSSION

La population au Maroc est trois fois plus nombreuse que la population en Tunisie et en Jordanie. Elle est également légèrement moins nombreuse qu’en Algérie mais plus de deux (2,7) fois moins nombreuse qu’en Egypte (Tableau 1).

Au Maroc, le 1er cas de la COVID-19 a été déclaré le 2 mars et le 1er décès est survenu le 11 mars 2020, les dates respectives étaient en Algérie : le 25 février (07 jours avant) et le 12 mars et en Egypte : le 29 février et le 09 mars. En Tunisie et en Jordanie les premiers cas ont été déclaré le même jour qu’au Maroc soit le 02 mars 2020. Alors que les premiers décès sont survenus respectivement 7 jours (18 mars) et 16 jours (27 mars) après le Maroc. Ce décalage temporel doit être pris en compte lors de la discussion de la comparaison. Le Maroc a fait un effort important en matière de disponibilité des réactifs virologiques et des laboratoires. De deux laboratoires au début de la crise, nous sommes passé à deux laboratoires mobiles et 28 laboratoires fixes répartis sur tout le territoire (Ministère de la Santé, Hôpitaux militaires et à but non lucratif). Cette évolution s’est accompagnée d’une baisse importante du taux de positivité des tests qui est passé de 20% pendant le mois de mars à 1,0% pendant le mois de juin. Puis la situation a changé, ainsi le 08 octobre le taux de positivité global était de 4,8 % et le taux journalier de 11,2%. Donc le profil des sujets testés avait changé. Rapporté au total de la population le Maroc a effectué 3,41 fois plus de tests qu’en Tunisie et 1,77 fois moins de tests qu’en Jordanie. Les chiffres algériens et égyptiens ne sont pas disponibles.

Le 08 octobre le Maroc avait enregistré une incidence cumulée pour 100 000 habitants des nouveaux cas de la COVID-19

soit 3,82 fois plus en Egypte (386,06 versus 101,27), 3,24 fois plus qu’en Algérie (386,06 versus 119,51), 1,83 fois plus qu’en Jordanie (386,06 versus 210,32) et 1,70 fois plus qu’en Tunisie (386,06 versus 226,96) (Tableau 1).

Les évolutions quotidienne, hebdomadaire et mensuelle des cas confirmés s’expliquent en partie par la variabilité, le hasard, le changement des définitions [5, 7] et surtout l’accessibilité des tests. A notre avis la définition des cas suspects, était trop restrictive au début. Pour être confirmé, par un test virologique, un patient suspect devait répondre à un ensemble de critères épidémiologiques et cliniques et être validé par l’unité de veille sanitaire locale. Par la suite les tests virologiques ont été pratiqués dans le cadre de la surveillance épidémiologique des cas contacts (au début uniquement pour les cas symptomatiques) et dans certaines unités industrielles ou certaines professions exposées et beaucoup moins chez les malades.

Au Maroc, il semble que la majorité des nouveaux cas enregistrés en juin (nous n’avons pas de chiffres officiels) soient découverts à la suite du contrôle des contacts ou lors des recherches en milieux professionnels.

Je rappelle qu’au début les définitions épidémiologiques étaient trop spécifiques et les tests peu réalisés. Après l’augmentation des laboratoires et le nombre de tests réalisés par jours, la critique s’est faite sur la qualité et le choix des personnes à testées. Le paquet a été mis sur le milieu professionnel et non sur les malades. Peut-être que cette donnée a changé mais nous n’avons pas de confirmation. Quelle la proportion des tests réalisés actuellement parmi les unités industrielles, en milieux professionnel et chez les contacts ?

Les données concernant les foyers épidémiques (motif de découverte, signes cliniques des porteurs du virus, conditions de travail, conditions de contamination, respect des consignes de sécurité et des gestes barrière) et leur dynamique ne sont pas disponibles pour que nous puissions en faire une lecture critique et en tirer les conclusions adéquates. Le Ministère de la santé public marocain n’est pas très transparent concernant l’information. Celle-ci est plus verbale qu’écrite.

Si nous réalisons une projection avec les courbes algérienne et égyptienne (figure 1) et si nous partons du postulat que nous avons atteint le sommet de la courbe nous avons entre 1 mois et demi à 2 mois pour atteindre un chiffre moyen de 100 à 150 nouveaux cas par jour.

Le 08 octobre 2020, le Maroc a enregistré un TLA 2 fois (1,94) plus bas qu’en Algérie (1,74% versus 3,39%) et 3,3 fois plus bas qu’en Egypte (1,74% versus 5,78%) mais il a enregistré des TLA plus élevés respectivement de 1,14 fois qu’en Tunisie (1,74% versus 1,52%) et 2,59 fois qu’en Jordanie (1,74% versus 0,67%) (Tableau 1).

Il est logique de penser que les systèmes de santé et les moyens mis en œuvre dans les cinq pays soient différents. Mais, quelles explications doit-on donner au fait que les TLA soient aussi différents dans les chiffres et surtout dans les évolutions notamment mensuelles ?

La comparaison des TLA entre pays doit prendre en considération le nombre réel des malades. Ce chiffre dépend des définitions épidémiologiques des cas [5, 7] et essentiellement du nombre de tests virologiques réalisés. Plus le nombre de tests effectués est grand, plus on enregistre de cas confirmés, et donc plus le TLA devrait théoriquement baisser. Rapporté au total de la population le Maroc a effectué 3,41 fois plus de tests qu’en Tunisie et 1,77 fois moins de tests qu’en Jordanie. Les chiffres algériens et égyptiens ne sont pas disponibles.

La comparaison doit également prendre en considération le sexe, l’âge et la santé globale du malade, la gravité de la maladie à l’admission. Celle-ci dépend du délai entre le début des signes cliniques et la première consultation puis de l’évocation de la suspicion à la réalisation du test et finalement à l’obtention du résultat. C’est éventuellement l’explication du retard diagnostic. Sont également à prendre en considération, le lieu du traitement (hôpital, à domicile ou ailleurs), la qualité de la prise en charge et les protocoles thérapeutiques particulièrement des formes graves et les critères de recensement des morts. Et nous avons ajouté qu’Il serait très intéressant dans le cas particulier du SARS-CoV-2 de calculer le TL spécifique aux formes graves ou sévères ou dites critiques. L’OMS estime que La véritable mortalité du Covid-19 mettra du temps à être pleinement connue. Le TL en fin de pandémie, sera significatif des politiques de santé publique menées dans chaque pays.

L’analyse de l’évolution temporelle des décès liés à la COVID-19 doit prendre en considération que parfois il y a un décalage entre la déclaration des nouveaux cas et la notification des décès. Ceux-ci surviennent plusieurs jours après. Donc certains malades décédés par exemple pendant le mois d’avril ont été déclarés pendant le mois de mars ! Cette règle ne s’applique pas aux cas hospitalisés immédiatement dans un état très grave voire agonisants. En effet Pr Lahcen Barrou chef du service réanimation du CHU de Casablanca avait précisé le 11 août que 23% des malades dans un état grave mouraient à l’accueil des urgences [17, 18].

Au Maroc, quelle explication doit-on donné à la baisse constante des TLA entre mars et juin ? S’agit-il de terrains pathologiques (âge, sexe et comorbidités) favorables ou de formes clinques plus bénignes, et moins problématiques avec le temps, d’une maitrise plus importante du traitement des formes graves, de l’efficacité du traitement intensif des formes bénignes et même asymptomatiques [19], d’une souche virale moins agressive ou d’autres facteurs qui seront objectivés par des études scientifiques sérieuses des cas marocains.

Toutes ces hypothèses sont à revoir à la lumière de l’augmentation du TLA en juillet qui serait semble-t-il en rapport avec un retard de consultation (7 à 10 jours en moyenne) et de diagnostic et donc une hospitalisation en unités de soins trop tardive selon Pr Filali Marhoum [20]. Ces informations ont été détaillées lors du webinaire organisé le 11 août par la Société Marocaine des Sciences Médicales [17, 18]. Pendant lequel Pr Hicham Afif Directeur du CHU de Casablanca a rapporté qu’un malade sur 5 arrive aux urgences du CHU presque agonisant. Pr Lahcen Barrou chef du service réanimation du CHU Casablanca a précisé que 23% des malades dans un état grave meurent à l’accueil des urgences. D’autres intervenants ont signalé que les tests virologiques étaient réalisés essentiellement en milieu professionnel, dans les unités industrielles et chez les contacts et beaucoup moins et plus tardivement chez les malades [17, 18].

L’augmentation du TLA serait semble-t-il en rapport avec un retard de consultation (7 à 10 jours en moyenne) et de diagnostic et donc une hospitalisation en unités de soins trop tardive selon Pr Filali Marhoum [20]. Ces informations ont été détaillées lors du Webinar organisé le 11 août par la Société Marocaine des Sciences Médicales [17, 18]. Pendant lequel Pr Hicham Afif Directeur du CHU de Casablanca avait rapporté qu’un malade sur 5 arrive aux urgences du CHU presque agonisant. Pr Lahcen Barrou chef du service réanimation du CHU de Casablanca a précisé que (i) 23% des malades dans un état grave meurent à l’accueil des urgences [17, 18], (ii) concernant les causes de gravité, 20% des personnes admises en soins intensifs ne souffraient d’aucune maladie chronique et n’avaient aucun autre facteur d’aggravation. [18], (iii) et sur tout et plus grave encore, pas moins de 85% des patients admis en réanimation meurent [18]. Ce taux serait selon professeur Baro, dû au fait que les personnes contaminées arrivent dans un état désespéré et que 23% des cas décèdent juste après leur arrivée à l’hôpital [18]. D’où l’intérêt de donner les chiffres décès selon plusieurs paramètres notamment la durée d’hospitalisation. D’autres intervenants ont signalé que les tests virologiques étaient réalisés essentiellement en milieu professionnel, dans les unités industrielles et chez les contacts et beaucoup moins et plus tardivement chez les malades [17].

La « logique simple, intuitive » voudrait qu’avec l’augmentation de l’incidence des cas il y ait une baisse du TLA. Or au Maroc le TLA a constamment diminué entre mars et juin paradoxalement à l’augmentation de l’incidence des nouveaux cas. Puis le TLA a augmenté en juillet et en août paradoxalement à la hausse de l’incidence des nouveaux cas. Donc l’explication devrait être qualitative.

Ainsi comment expliquer que le TLA avait constamment augmenté entre mars et mai en Tunisie, entre mars et mai en Algérie, de mai à août en Jordanie et depuis le mois de mai en Egypte ? Est-ce que les formes cliniques à l’admission étaient devenues plus sévères, les terrains et comorbidité plus graves ou la souche virale plus agressive ? Il serait illogique de penser que les médecins tunisiens, algériens jordaniens ou égyptiens n’ont pas su bien traiter leurs malades graves. Et comment encore expliquer la baisse constate en juin et juillet en Tunisie, en juillet et août en Algérie alors que les incidences étaient paradoxalement en augmentation) ?

L’analyse des causes de décès liés à la COVID-19, avait révélé le 07 mai (bulletin N° 5) sur un total de 2521 cas que le TLA était de 7,34% et que les facteurs les plus significatifs (p<0,005) étaient l’âge ≥ 65 ans, le sexe masculin, l’obésité, l’hypertension artérielle et le diabète sucré [9]. Par la suite lors d’un Webinar organisé le 22 septembre [21] Dr Youbi Directeur de l’épidémiologie au Ministère de la santé a révélé que les facteurs les plus significatifs chez les décédés étaient l’âge ≥ 65 ans, la présence de cancer et le sexe masculin. [22]. Il n’a pas rapporté les autres paramètres étudiés qui n’ont pas significativement influencé la létalité notamment l’état clinique à l’admission et la durée de séjour en hospitalisation et éventuellement en réanimation ou plus encore le retard diagnostic.

Le droit à l’accès à l’information (loi n° 31.13) devrait être anticipé et la base de données des cas COVID-19 sous réserve des règles éthiques devrait être mise à la disposition des chercheurs marocains. Ainsi, les bonnes volontés permettront de donner plus d’éclairage [23].

Au lieu d’analyser le TLA il faudrait analyser le TL spécifique aux formes graves ou sévères. Cela permettra de mettre en exergue la vraie gravité de la maladie et non pas l’aspect médiatique et l’aspect de saturation du système national de santé du fait de l’afflux massif des malades. Lors du Webinar organisé par la SMSM le 11 août [17, 18] on peut conclure que le TL spécifique aux formes graves est de 85% au moins au CHU de Casablanca. Encore une fois nous ne disposons pas des données nécessaires à l’analyse. Notre système de santé ne doit surtout pas oublier voire délaisser les autres malades. La létalité pendant l’épidémie en rapport avec les autres maladies est certainement plus importante qu’avec celle liée directement au SARS-Cov-2.

Par ailleurs, on peut affirmer qu’il y a plusieurs épidémies au Maroc. Certaines régions sont plus affectées par le SRAS-CoV-2 que d’autres. Le 01 septembre 5 régions (Casablanca Settat ; Fès, Meknès ; Marrakech Safi ; Rabat Salé Kenitra ; Tanger Tétouan Hoceima) qui représentent 70,3% de la population totale avaient totalisé 84,7% des cas COVID-19. Le 08 octobre ces cinq régions ont totalisé uniquement 78,3% des cas (soit une baisse de 6%), cela veut dire que la progression au niveau des autres régions a été plus forte. A noter également que les TLA ne sont pas homogènes selon les régions du Royaume.

Conclusion

La population marocaine (au Maroc) est trois fois plus nombreuse que la population en Tunisie et en Jordanie. Elle est également légèrement moins nombreuse qu’en Algérie mais plus de deux (2,7) fois moins nombreuse qu’en Egypte.

Rapporté au total de la population le Maroc a effectué 3,4 fois plus de tests qu’en Tunisie et 1,8 fois moins de tests qu’en Jordanie. Les chiffres algériens et égyptiens ne sont pas disponibles.

Le 08 octobre le Maroc avait enregistré une incidence cumulée pour 100 000 habitants des nouveaux cas de la COVID-19 3,8 fois plus en Egypte (386,06 versus 101,27), 3,2 fois plus qu’en Algérie (386,06 versus 119,51), 1,8 fois plus qu’en Jordanie (386,06 versus 210,32) et 1,7 fois plus qu’en Tunisie (386,06 versus 226,96). Il avait en outre enregistré un TLA 3,3 fois plus bas qu’en Egypte (1,74% versus 5,78%) et 1,9 fois plus bas qu’en Algérie (1,74% versus 3,39%) mais il avait enregistré des TLA plus élevés respectivement de 1,14 fois qu’en Tunisie (1,74% versus 1,52%) et 2,6 fois qu’en Jordanie (1,74% versus 0,67%).

Il est logique de penser que les systèmes de santé et les moyens mis en œuvre dans les cinq pays soient différents. Chaque pays a sa propre dynamique évolutive. Les évolutions quotidiennes et mensuelles des nouveaux cas sont très différentes. On pourrait hasarder et dire que l’Egypte et un peu moins l’Algérie sont en voie d’aplatir leurs courbes alors que pour la Maroc, la Tunisie et la Jordanie les choses sérieuses sont en train de se dérouler.

Les études scientifiques sérieuses décortiquant les particularités cliniques, biologiques et thérapeutiques permettront de répondre à de multiples questions. La COVID-19 et son virus le SARS-CoV-2 n’ont pas encore révélé tous leurs mystères.

Mots clés : COVID-19, incidence, létalité, Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Jordanie

 

Références
(1) Lu H et al. Outbreak of pneumonia of unknown etiology in Wuhan, China: The mystery and the miracle. J Med Virol. 2020;92:401-2.
(2) COVID-19 – Chronologie de l’action de l’OMS, https://www.who.int/fr/news-room/detail/29-06-2020-covidtimeline(dernier accès le 15 août 2020
(3) Sohrabi C et al. World Health Organization declares global emergency: A review of the 2019 novel coronavirus (COVID-19). Int J Surg.  2020;76:71-6.
(4) https://www.worldometers.info/coronavirus/#countries
(5) Ministère de la Santé. Plan national de veille et de riposte à l’infection par le coronavirus 2019-nCoV version du 27/01/2020.
(6) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°5 du 11/05/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc
(7) Mise à jour de la définition de cas et du Protocole de prise en charge des cas de COVID-19 et leurs contacts. Circulaire N.Réf : 038  /DELM/00 du 20/05/2020
(8) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°6 du 25/05/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc
(9) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°7 du 17/06/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc
(10) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°8 du 30/06/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc
(11) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°9 du 06/08/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc
(12) Maroc : Le décret-loi n°2-20-292 du 23 mars 2020 relatif à la déclaration de l’état d’urgence sanitaire
(13) Maroc : Le décret n°2-20-293 du 24 mars 2020 qui réglemente l’état d’urgence sanitaire pour endiguer l’épidémie de Covid-19.
(14) Le décret N° 2.20.330, portant prolongation de l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du territoire national
(15) Tunisie : Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes. COVID-19 en Tunisie, point de situation a la date du 25 mai 2020. http://www.onmne.tn/fr/
(16) Les pays qui ont aplati leur courbe : https://www.lemonde.fr
(17) Covid-19 : Au Maroc, la lenteur de la détection contribue à l’explosion des cas. https://medias24.com/covid-19-au-maroc-la-lenteur-de-la-detection-contribue-a-aggraver-la-situation-12374.html
(18) https://fr.le360.ma/societe/covid-19-hausse-des-deces-les-temoignages-chocs-des-professionnels-de-la-sante-221242
(19) Ministre de la Santé. Prescription et dispensation de la Chloroquine er de l’Hydroxychloroquine. Circulaire N°022 : 23 mars 2020
(20) Pr. Marhoum: « La hausse des décès du covid-19 est liée au retard de consultation ». 10 août. https://www.h24info.ma/maroc/pr-marhoum-la-hausse-des-deces-du-covid-19-est-liee-au-retard-de-consultation/
(21) www.becomeditions.com
(22) Youbi M. Pandémie Covid-19, Epidémiologie et perspectives de surveillance et de riposte au Maroc. 22/09/2020. DELM
(23) Faible communication du ministère de la Santé : Le droit à l’information est un droit constitutionnel. https://fr.hespress.com/162494-faible-communication-du-ministere-de-la-sante-le-droit-a-linformation-est-un-droit-constitutionnel.html
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