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Covid-19: Comparaison entre le Maroc, et des pays arabes (Algérie, Tunisie, Egypte et Jordanie) au 6ème mois de la pandémie

La maladie COVID-19 est due au virus SARS-CoV-2 identifié pour la première fois en Chine le 7 janvier 2020. Les premiers cas ont été rapportés le 31 décembre 2019 dans la ville de Wuhan [1]. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré le 30/01/2020 l’épidémie actuelle du SARS-CoV-2 comme une urgence de sante publique de portée internationale. Puis après propagation rapide et accélération des cas au niveau mondial, l’OMS a officiellement déclaré, le 11 mars 2020, que l’épidémie de COVID-19 était une pandémie [2, 3].

Méthodologie

Dans ce papier, j’essaie d’analyser l’évolution de la situation épidémiologique au Maroc en la comparant avec celle de quatre pays arabes. Les données brutes ont été prises des sites Worldometers relatifs aux deux pays [4] et des circulaires et Bulletins épidémiologiques du Ministère de la santé [5, 6, 7, 8, 9, 10, 11]. Les données cliniques et thérapeutiques ne sont pas disponibles. Je ne pourrai donc pas donner d’explications concernant les décès (nombre total et taux de létalité (TL)). La population au Maroc est trois fois plus nombreuse que la population en Tunisie et en Jordanie. Elle est également légèrement moins nombreuse qu’en Algérie mais plus de deux fois (2,7) moins importante qu’en Egypte (Tableau 1). Donc nous nous focaliserons dans la comparaison sur les incidences et sur l’évolution mensuelle des chiffres. Certes, les politiques, les systèmes de santé et les capacités de prise en charge et de dépistage, varient entre le Maroc et ces quatre pays arabes mais les différents chiffres permettent de suivre les trajectoires du SARS-CoV-2. Les chiffres reflètent deux déterminants essentiels : les mise à jour des définitions épidémiologiques des cas suspects [5 ? 6, 7] et le nombre de tests virologiques RT-PCR réalisés. Pour pallier à la complexité de l’analyse des chiffres quotidiens, du fait de la variabilité plus ou moins importante selon le pays, je vais analyser les chiffres mensuels. L’instabilité des chiffres entre un jour et l’autre réside dans la notion de variabilité qui est une constante universelle dans les sciences humaines. On dit « Il n’y a pas de vie sans variabilité ». C’est ce que nous constatons sur les graphes journaliers, par les dents de scies. Pour pallier à cela, certains chercheurs calculent les moyennes mobiles sur 3 ou 7 jours.

Le taux de létalité apparent, en anglais case facility rate (CFR) est le rapport entre le nombre de décès imputés à une maladie et le nombre de cas confirmés de celle-ci. Il est facile à calculer. Il sert à évaluer la gravité de la maladie et la qualité de la prise en charge thérapeutique des patients.

Certains pays ne comptabilisent que les décès survenus dans les structures de traitement. C’est pour cela que certains épidémiologistes préfèrent le TL global qui combine les décès survenus dans les structures de traitement et dans la communauté. Il est suivi pendant toute la durée de l’épidémie et donne une indication de l’adéquation de la réponse en termes de prévention des décès évitables. En épidémiologie comparative, il serait plus judicieux encore de calculer ou plus tôt d’estimer le TL réel, ou infection facility rate (IFR). Il s’agit du rapport entre le nombre de mort et le nombre estimé de tous ceux qui ont été infectés par le virus. Il serait très intéressant dans le cas particulier du SARS-CoV-2 de calculer ou d’estimer le TL spécifique aux formes graves ou sévères.

Résultats

  • Situation épidémiologique mondiale

Selon le décompte tenu par le site Worldometers [4] au niveau mondial au 01 septembre 2020 le nombre total des malades COVID-19 était de 25 805 914, l’incidence cumulée pour 100.000 habitants était de 331,1 et le TL apparent de 3,32%. Ce TL apparent n’a pas cessé de diminuer au niveau mondial, ainsi de 7,0% le 07 mai, il est passé à 5,14 % le 24 juin, à 4,78 % le 02 juillet puis à 3,59% le 13 août 2020 [6]. Mais si l’on regarde le détail par pays, on constate des différences énormes, passant de moins 1% à 18,5 % et plus.

Au niveau de certains pays arabes, au 01 septembre, les TL variaient entre 5,48% en Egypte, 3,39% en Algérie, 2,02% en Tunisie, 1,86% au Maroc et 0,72% en Jordanie [4].

Pour autant, cela ne veut pas dire que le système de soins dans un pays est bien meilleur qu’un autre, ou que les ressortissants d’un pays sont plus résistants. Donc on ne peut pas facilement comparer entre les pays.

 

  • Situation épidémiologique au 01 septembre 2020

Au Maroc, le premier cas de la COVID-19 a été déclaré le 02 mars 2020 et le 1er décès le 11 mars 2020. A la date du 01 septembre, un total de 98 939 cas confirmés a été enregistré, sur un total de 1 956 416 prélèvements. L’incidence cumulée étant de 172,46/100.000 habitants (avec une incidence quotidienne moyenne aux alentours de 342,1 ± 452,9 cas [1-1776]). Le pic de 1776 a été enregistré le 15 août ! L’évolution a été caractérisée par 1184 (1,86%) décès et 48 922(76,70%) guérisons. Parmi les cas dépistés, 13 675 (21,44%) étaient encore actifs et constitueraient un risque de transmission si les mesures de prévention n’étaient pas bien respectées (Tableau 1).

Le Maroc a fait un effort important en matière de disponibilité des réactifs virologiques et des laboratoires. De deux laboratoires au début de la crise, nous sommes passé à deux laboratoires mobiles et 28 laboratoires fixes répartis sur tout le territoire (Ministère de la Santé, Hôpitaux militaires et à but non lucratif).

Rapporté au total de la population le Maroc a effectué quatre fois (4,3) plus de tests qu’en Tunisie et 1,5 fois moins de tests qu’en Jordanie. Les chiffres algériens et égyptiens ne sont pas disponibles.

Le 01 septembre, l’incidence cumulée pour 100 000 habitants au niveau mondiale était de 331,1. Au niveau des 5 pays arabes analysés dans cet article, le Maroc vient en tête avec 172,4 suivi de l’Algérie (101,94), l’Egypte (96,3), la Tunisie (32,1) et la Jordanie (20,5) (Tableau 1).

Le 01 septembre le TL au niveau mondial était de 3,32%. Au niveau des 5 pays arabes analysés dans cet article, l’Egypte vient en tête avec 5,48% suivi de l’Algérie (3,39%), la Tunisie (2,02%), le Maroc (1,86%) puis la Jordanie (0,72%).

Au Maroc et en Tunisie l’état d’urgence sanitaire et le début de la levée du déconfinement ont commencé respectivement le 20 mars [12, 13] et le 11 juin 2020 [14] et le 12 mars et le 04 mai 2020 [15].

 

 

Tableau 1 : Situation épidémiologique de la COVID-19, au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Egypte et en Jordanie au 01 septembre 2020
  • Evolution quotidienne des nouveaux cas :

L’évolution quotidienne des nouveaux cas (Figure 1) est très différente entre les cinq pays. L’évolution globale se fait selon des vagues successives plus ou moins longues et plus ou moins hautes (moyennes mobiles des courbes).

Au Maroc après de discrètes vagues pendant les mois d’avril (pic de 281 cas le 17 avril) et de mai et surtout une vague fin juin (deux pics successifs, de 539 le 19 juin et 563 le 24 juin) à moitié juillet nous avons assisté une vague importante qui a commencé depuis moitié juillet (un pic de 1499 enregistré le 12 août) dont les pics ont parfois dépassé les 2000 par jours. Peut-être qu’on est vraiment dans le début réel de l’épidémie au Maroc ! (Figure 1). La Tunisie et la Jordanie ont semble-t-il des évolutions similaires à celle du Maroc. En Tunisie après l’apogée début avril nous avons assisté à une accalmie assez longue puis une nouvelle vague est apparue pendant la deuxième moitié de juin. Puis la hausse était continue et persistante. On pourrait presque parler d’une deuxième vague ! Les choses sérieuses commencent à apparaitre. Le Maroc vient juste de commencer à atteindre son pic (Figure 1). En Algérie le pic semble dépassé, il a eu lieu le 24 juillet 2020 avec 675 cas. En Egypte le maximum de l’épidémie a eu lieu le 19 juin avec un pic de 1774 nouveaux cas, la courbe a globalement l’aspect d’une cloche. La dégression est encore actuelle. Il serait difficile de prévoir l’avenir ! On pourrait dire que l’Egypte a fini sa première phase épidémique, l’Algérie est en train d’en sortir.

  • Evolution mensuelle des incidences des nouveaux cas

Nonobstant les chiffres qui sont très élevés au Maroc comparativement aux autres pays, les évolutions mensuelles des incidences des nouveaux cas sont assez similaires entre les 5 pays (Figure 2). On constate une recrudescence des incidences en juillet et surtout en août. En Tunisie, Egypte et en Jordanie on pourrait parler de deuxième vague alors qu’au Maroc et en Algérie nous sommes presque dans une continuité de l’ascension des chiffres.

 

  • Evolution mensuelle des décès

Au niveau du Maroc le nombre des décès a explosé en août, il a été multiplié par plus de 6 fois comparativement à juillet.  En Tunisie, Algérie et Jordanie les évolutions étaient globalement assez constantes. Au niveau de l’Egypte le nombre de décès était en constante hausse pendant les 4 premiers mois puis a commencé à chuter (Figure 4).

  • Evolution mensuelle des taux de létalité

Le 01 septembre 2020, les TL au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Egypte et en Jordanie étaient respectivement 1,86% ; 3,39% ; 2,02% ; 5,48% et 0,72% (Tableau 1).

Pendant les 6 mois, les évolutions mensuelles étaient très différentes.

Au Maroc après une baisse constante du TL entre mars et juin, nous avons assisté à une hausse régulière avec doublement du TL en juillet puis en août. En Tunisie l’évolution pendant les 3 premiers mois était complétement différente de celle du Maroc : il y a eu une ascension des TL qui a été multiplié par 2,8 fois.

En Algérie le mois d’avril a enregistré le taux le plus élevé (12,34%), le TL enregistré en juillet est le plus bas avec 1,64%. En Egypte l’évolution semble s’être faite en deux phases 6 à 7% en mars et avril puis une chute relative en mai et juin puis une ré ascension en juillet. En Jordanie pendant les 4 premiers mois l’évolution mensuelle des TL était globalement similaire au Maroc, puis le mois de juillet a enregistré un record à 3,28%.  (Figure 3).

DISCUSSION

La population au Maroc est trois fois plus nombreuse que la population en Tunisie et en Jordanie. Elle est également légèrement moins nombreuse qu’en Algérie mais plus de deux (2,7) fois moins importante qu’en Egypte(Tableau 1).

Au Maroc, le 1er cas de la COVID-19 a été déclaré le 2 mars et le 1er décès est survenu le 11 mars 2020, les dates respectives étaient en Algérie : le 25 février (07 jours avant) et le 12 mars et en Egypte : le 29 février et le 09 mars. EnTunisie et en Jordanie les premiers cas ont été déclaré le même jour qu’au Maroc soit le 02 mars 2020. Alors que les premiers décès sont survenus respectivement 7 jours (18 mars) et 16 jours (27 mars) après le Maroc. Ce décalage temporel doit être pris en compte lors de la discussion de la comparaison.

Le Maroc a fait un effort important en matière de disponibilité des réactifs virologiques et des laboratoires. De deux laboratoires au début de la crise, nous sommes passé à deux laboratoires mobiles et 28 laboratoires fixes répartis sur tout le territoire (Ministère de la Santé, Hôpitaux militaires et à but non lucratif). Cette évolution s’est accompagnée d’une baisse importante du taux de positivité des tests qui est passé de 20% pendant le mois de mars à 1,0% pendant le mois de juin.

Rapporté au total de la population le Maroc a effectué quatre fois (4,3) plus de tests qu’en Tunisie et 1,5 fois moins de tests qu’en Jordanie. Les chiffres algériens et égyptiens ne sont pas disponibles.

Au 01 septembre le Maroc avait enregistré une incidence cumulée pour 100 000 habitants des nouveaux cas de la COVID-19 1,7 fois plus qu’en Algérie (172,46 versus 101,94) et en Egypte (172,46 versus 96,39), cinq (5,3) fois plus qu’en Tunisie (172,46 versus 32,12) et 8 fois (8,6) plus qu’en Jordanie (172,46 versus 20,52) (Tableau 1).

Si nous faisons une projection avec les courbes algérienne et égyptienne (figure 1) et si nous partons du postulat que nous avons atteint le sommet de la courbe nous avons entre 1 mois et demi à 2 mois pour atteindre un chiffre moyen de 50 à 40 nouveaux cas par jour. Les évolutions quotidienne, hebdomadaire et mensuelle des cas confirmés s’expliquent en partie par la variabilité, le hasard, le changement des définitions [5, 7] et surtout l’accessibilité des tests. A notre avis la définition des cas suspects, était trop restrictive au début. Pour être confirmé, par un test virologique, un patient suspect devait répondre à un ensemble de critères épidémiologiques et cliniques et être validé par l’unité de veille sanitaire locale. Par la suite les tests virologiques ont été pratiqués dans le cadre de la surveillance épidémiologique des cas contacts et dans certaines unités industrielles ou certaines professions exposées et beaucoup moins chez les malades.

Les autres facteurs déterminants sont représentés par les mesures entreprises précocement avec notamment la fermeture des frontières et donc le tarissement des cas importés puis l’instauration des mesures préventives et la prise en charge des cas avec leur isolement et le suivi des contacts puis leur dépistage virologique dans une dernière étape. Ne pas oublier également l’apparition de multiples foyers plus ou moins grands industriels, familiaux ou dans les milieux fermés tel les prisons.

Au Maroc, il semble que la majorité des nouveaux cas enregistrés en juin (nous n’avons pas de chiffres officiels) soient découverts à la suite du contrôle des contacts ou lors des recherches en milieux professionnels. Je rappelle qu’au début les définitions épidémiologiques étaient trop spécifiques et les tests peu réalisés.

Après l’augmentation des laboratoires et le nombre de tests réalisés par jours, la critique s’est faite sur la qualité et le choix des personnes à testées. Le paquet a été mis sur le milieu professionnel et non sur les malades. 

Les données concernant les foyers épidémiques (motif de découverte, signes cliniques des porteurs du virus, conditions de travail, conditions de contamination, respect des consignes de sécurité et des gestes barrière) et leur dynamique ne sont pas disponibles pour que nous puissions en faire une lecture critique et en tirer les conclusions adéquates. Le Ministère de la santé public marocain n’est pas très transparent concernant l’information. Celle-ci est plus verbale qu’écrite. Je rappelle qu’un foyer épidémique est un lieu où sont survenus des cas groupés de maladies. Donc il s’agit d’une transmission locale avec des cas groupés. En épidémiologie un foyer de contagion est un ensemble de cas de la COVID-19 qui sont reliés entre eux dans le temps et l’espace.

Le 01 septembre 2020, le TL au niveau mondial était de 3,32%, le Maroc avait enregistré un TL 2,9 fois moins qu’en Egypte (1,86% versus 5,48%) 1,8 fois moins qu’en Algérie (1,86% versus 3,39%), assez proche de la Tunisie (1,86% versus 2,02%) et 2,6 fois plus qu’en Jordanie (1,86% versus 0,72%).

Il est logique de penser que les systèmes de santé et les moyens mis en œuvre dans les cinq pays soient différents. Mais, quelles explications doit-on donner au fait que les TL soient aussi différents dans les chiffres et surtout dans les évolutions notamment mensuelles ?

La comparaison des TL apparents entre pays doit prendre en considération le nombre réel des malades. Ce chiffre dépend des définitions épidémiologiques des cas [5, 7] et essentiellement du nombre de tests virologiques réalisés. Plus le nombre de tests effectués est grand, plus on enregistre de cas confirmés, et donc plus le TL apparent baisse. Rapporté au total de la population le Maroc a effectué quatre fois (4,3) plus de tests qu’en Tunisie et 1,5 fois moins de tests qu’en Jordanie. Les chiffres algériens et égyptiens ne sont pas disponibles.

La comparaison doit également prendre en considération le sexe, l’âge et la santé globale du malade, la gravité de la maladie à l’admission. Celle-ci dépend du délai entre le début des signes cliniques et la première consultation puis de l’évocation de la suspicion à la réalisation du test et finalement à l’obtention du résultat. C’est éventuellement l’explication du retard diagnostic. Sont également à prendre en considération, le lieu du traitement (hôpital, à domicile ou ailleurs), la qualité de la prise en charge et les protocoles thérapeutiques particulièrement des formes graves et les critères de recensement des morts. Et nous avons ajouté qu’Il serait très intéressant dans le cas particulier du SARS-CoV-2 de calculer le TL spécifique aux formes graves ou sévères ou dites critiques. L’OMS estime que La véritable mortalité du Covid-19 mettra du temps à être pleinement connue. Le TL en fin de pandémie, sera significatif des politiques de santé publique menées dans chaque pays.

L’analyse de l’évolution temporelle des décès liés à la COVID-19 doit prendre en considération que parfois il y a un décalage entre la déclaration des nouveaux cas et la notification des décès. Ceux-ci surviennent plusieurs jours après.

Donc certains malades décédés par exemple pendant le mois d’avril ont été déclarés pendant le mois de mars ! Cette règle ne s’applique pas aux cas hospitalisés immédiatement dans un état très grave voire agonisants.

Au Maroc, quelle explication doit-on donné à la baisse constante des TL apparents entre mars et juin ? S’agit-il de terrains pathologiques (âge, sexe et comorbidités) favorables ou de formes clinques plus bénignes, et moins problématiques avec le temps, d’une maitrise plus importante du traitement des formes graves, de l’efficacité du traitement intensif des formes bénignes et même asymptomatiques [8 ? 17 ?], d’une souche virale moins agressive ou d’autres facteurs qui seront objectivés par des études scientifiques sérieuses des cas marocains. En effet parmi les cas détectés, la proportion des asymptomatiques, stables depuis 3 semaines, représentait 7% des hospitalisés pendant la semaine du 16 au 22 mars, ce chiffre est passé à 71,6% lors de la semaine du 04 au 16 juin [9]. Les patients admis initialement dans un état sévère à critique ne représentaient le 24 mai que 2,84% [8] au 16 juin ils étaient 1% [9]. L’autre explication plausible de la baisse du TL entre mars et juin concerne l’âge moyen de tous les patients qui avait significativement chuté, du 16 mars au 04 mai, il était passé de 54,8 ans à 34,5 ans [9]. L’analyse des causes de décès liés à la COVID-19, avait révélé le 07 mai sur un total de 2521 cas que le TL était de 7,34% et que les facteurs les plus significatifs (p<0,005) étaient l’âge ≥ 65ans, le sexe masculin, l’obésité, l’hypertension artérielle et le diabète sucré [6].

Toutes ces hypothèses sont à revoir à la lumière de l’augmentation du TL apparent en juillet qui serait semble-t-il en rapport avec un retard de consultation (7 à 10 jours en moyenne) et de diagnostic et donc une hospitalisation en unités de soins trop tardive selon Pr Filali Marhoum [18]. Ces informations ont été détaillées lors du webinaire organisé le 11 août par la Société Marocaine des Sciences Médicales [19]. Pendant lequel Pr Hicham Afif Directeur du CHU de Casablanca a rapporté qu’un malade sur 5 arrive aux urgences du CHU presque agonisant. Pr Lahcen Barrou chef du service réanimation du CHU Casablanca a précisé que 23% des malades dans un état grave meurent à l’accueil des urgences. D’autres intervenants ont signalé que les tests virologiques étaient réalisés essentiellement en milieu professionnel, dans les unités industrielles et chez les contacts et beaucoup moins et plus tardivement chez les malades [19].

Les chiffres que nous avons rapportés concernant l’âge moyen [9], la proportion des asymptomatiques, [11], les admis dans un état sévère à critique [11] et les causes de décès liés à la COVID-19 [9] n’ont pas été actualisés lors du Bulletin N°9 du 06 août [11].

Le 01 septembre 2020, les TL liés à la Covid-19 au Maroc, en Algérie et en Egypte étaient respectivement 1,86%, 3,39% et 5,48%.

La « logique simple, intuitive » voudrait qu’avec l’augmentation de l’incidence des cas il y ait une baisse du TL apparent. Or au Maroc le TL apparent a constamment diminué entre mars et juin paradoxalement à l’augmentation de l’incidence des nouveaux cas. Puis le TL a augmenté en juillet et en août paradoxalement à la hausse de l’incidence des nouveaux cas. Donc l’explication devrait être qualitative.

Au Maroc, quelle explication doit-on donné à la baisse constante des TL apparents entre mars et juin ? S’agit-il de terrains pathologiques (âge, sexe et comorbidités) favorables ou de formes clinques plus bénignes, et moins problématiques avec le temps, d’une maitrise plus importante du traitement des formes graves, de l’efficacité du traitement intensif des formes bénignes et même asymptomatiques [8], d’une souche virale moins agressive.

Ainsi comment expliquer que le TL apparent avait constamment augmenté entre mars et mai en Tunisie, entre mars et mai en Algérie, de mai à août en Jordanie et depuis le mois de mai en Egypte ? Est-ce que les formes cliniques à l’admission étaient devenues plus sévères, les terrains et comorbidité plus graves ou la souche virale plus agressive ? Il serait illogique de penser que les médecins tunisiens, algériens jordaniens ou égyptiens n’ont pas su bien traiter leurs malades graves. Et comment encore expliquer la baisse constate en juin et juillet en Tunisie, en juillet et août en Algérie alors que les incidences étaient paradoxalement en augmentation) ?

Au lieu d’analyser le TL apparent il faudrait analyser le TL spécifique aux formes graves ou sévères. Cela permettra de mettre en exergue la vrai gravité (intrinsèque) de la maladie et non pas l’aspect médiatique et l’aspect de saturation du système national de santé du fait de l’afflux massif des malades.

Par ailleurs, on peut affirmer qu’il y a plusieurs épidémies au Maroc. Certaines régions sont plus affectées par le SRAS-CoV-2 que d’autres. Le 01 septembre 5 régions (Casablanca Settat ; Fès, Meknès ; Marrakech Safi ; Rabat Salé Kenitra ; Tanger Tétouan Hoceima) qui représentent 70.29% de la population totale ont totalisé 84,69% des cas. A noter également que les taux de létalité ne sont pas homogènes selon les régions du Royaume.

Conclusion

La population marocaine (au Maroc) est trois fois plus nombreuse que la population en Tunisie et en Jordanie. Elle est également légèrement moins nombreuse qu’en Algérie mais plus de deux (2,7) fois moins importante qu’en Egypte.

Rapporté au total de la population le Maroc a effectué quatre fois (4,3) plus de tests qu’en Tunisie et 1,5 fois moins de tests qu’en Jordanie. Les chiffres algériens et égyptiens ne sont pas disponibles.

Le Maroc a enregistré une incidence cumulée pour 100 000 habitants (légèrement plus élevée) 1,7 fois plus qu’en Algérie (172,46 versus 101,94) et en Egypte (172,46 versus 96,39) et (nettement plus élevée) cinq (5,3) fois plus qu’en Tunisie (172,46 versus 32,12) et 8 fois (8,6) plus qu’en Jordanie (172,46 versus 20,52).

Le Maroc a enregistré un TL 2,9 fois plus qu’en Egypte (1,86% versus 5,48%) 1,1 fois plus qu’en Algérie (1,86% versus 3,39%) et 1,8 fois moins qu’en Tunisie (1,86% versus 2,02%) et 2,5 8 fois plus qu’en Jordanie (1,86% versus 0,72%).

Aucun des cinq pays n’a atteint un plateau ni n’a aplati sa courbe, au contraire la vraie vague est en cours de déroulement. Les décès sont également en hausse.

Il est logique de penser que les systèmes de santé et les moyens mis en œuvre dans les deux pays soient différents. Chaque pays a sa propre dynamique évolutive. Les évolutions quotidiennes et mensuelles des nouveaux cas sont très différentes.

Les études scientifiques sérieuses décortiquant les particularités cliniques, biologiques et thérapeutiques permettront de répondre à de multiples questions. La COVID-19 et son virus le SARS-CoV-2 n’ont pas encore révélé tous leurs mystères.

Mots clés : COVID-19 ; incidence ; létalité ; Maroc ; Algérie Tunisie ; Egypte Jordanie

Dr Saïd EL KETTANI

Interniste libéral, Settat, Maroc / said.elkettani@gmail.com

Dr Saïd EL KETTANI Spécialiste en Médecine interne, Settat,

https://independent.academia.edu/SaidELKETTANI/Papers

https://www.researchgate.net/profile/Said_Kettani

 

Références

(1) Lu H et al. Outbreak of pneumonia of unknown etiology in Wuhan, China: The mystery and the miracle. J Med Virol. 2020;92:401-2/ (2) COVID-19 – Chronologie de l’action de l’OMS, https://www.who.int/fr/news-room/detail/29-06-2020-covidtimeline (dernier accès le 15 août 2020/ (3) Sohrabi C et al. World Health Organization declares global emergency: A review of the 2019 novel coronavirus (COVID-19). Int J Surg.  2020;76:71-6/  (4) https://www.worldometers.info/coronavirus/#countries (5) Ministère de la Santé. Plan national de veille et de riposte à l’infection par le coronavirus 2019-nCoV version du 27/01/2020/ (6) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°5 du 11/05/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc (7) Mise à jour de la définition de cas et du Protocole de prise en charge des cas de COVID-19 et leurs contacts. Circulaire N.Réf : 038  /DELM/00 du 20/05/2020/  (8) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°6 du 25/05/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc (9) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°7 du 17/06/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc/  (10) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°8 du 30/06/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc  (11) Bulletin épidémiologique COVID-19 N°9 du 06/08/2020, Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé, Maroc / (12) Maroc : Le décret-loi n°2-20-292 du 23 mars 2020 relatif à la déclaration de l’état d’urgence sanitaire / (13) Maroc : Le décret n°2-20-293 du 24 mars 2020 qui réglemente l’état d’urgence sanitaire pour endiguer l’épidémie de Covid-19. (14) Le décret N° 2.20.330 portant prolongation de l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du territoire national (15) Tunisie : Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes. COVID-19 en Tunisie, point de situation a la date du 25 mai 2020. http://www.onmne.tn/fr/ (16) Les pays qui ont aplati leur courbe : https://www.lemonde.fr (17) Ministre de la Santé. Prescription et dispensation de la Chloroquine er de l’Hydroxychloroquine. Circulaire N°022 : 23 mars 2020 (18) Pr. Marhoum: « La hausse des décès du covid-19 est liée au retard de consultation ». 10 août. https://www.h24info.ma/maroc/pr-marhoum-la-hausse-des-deces-du-covid-19-est-liee-au-retard-de-consultation/(19) Covid-19: Au Maroc, la lenteur de la détection contribue à l’explosion des cas. https://medias24.com/covid-19-au-maroc-la-lenteur-de-la-detection-contribue-a-aggraver-la-situation-12374.html

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