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Analyse de l’évolution de Covid-19 entre le Maroc, la France et l’Italie au 6ème mois de la pandémie

Dans cet article, j’essaie d’analyser l’évolution de la situation épidémiologique au Maroc en la comparant avec celles de la France et de l’Italie. Ces deux pays nous ont précédé de plusieurs semaines. Cela nous donnera plus de visibilité et nous permettra de proposer des prévisions futures. Les données brutes ont été prises des sites Worldometers relatifs aux trois pays [1].

La population au Maroc est respectivement 1,7 et 1,6 fois moins nombreuse qu’en France et en Italie. Donc nous nous focaliserons dans la comparaison sur les incidences et sur l’évolution mensuelle des chiffres. Certes, les politiques, les systèmes de santé et les capacités de prise en charge et de dépistage, varient entre le Maroc et ces deux pays mais les différents chiffres permettent de suivre les trajectoires du SARS-CoV-2.

Ceci étant, avant de procéder à une analyse de la situation actuelle, nous devons prendre en considération que les chiffres reflètent deux déterminants essentiels : les mise à jour des définitions épidémiologiques des cas suspects [2,3] et le nombre de tests virologiques RT-PCR réalisés.

Pour pallier à la complexité de l’analyse des chiffres quotidiens, du fait de la variabilité plus ou moins importante selon le pays, je vais analyser les chiffres mensuels. L’instabilité des chiffres entre un jour et l’autre réside dans la notion de variabilité qui est une constante universelle dans les sciences humaines. On dit « Il n’y a pas de vie sans variabilité ». C’est ce que nous constatons sur les graphes journaliers, par les dents de scies. Pour pallier à cela, certains chercheurs calculent les moyennes mobiles sur 3 ou 7 jours.

Situation épidémiologique au 01 septembre 2020

Au Maroc, le premier cas de la Covid-19 a été déclaré le 02 mars 2020 et le 1er décès le 11 mars 2020. A la date du 01 septembre, un total de 63 781 cas confirmés a été enregistré,sur un total de 1 956 416 prélèvements.

L’incidence cumulée étant de 172,46/100.000 habitants (avec une incidence quotidienne moyenne aux alentours de 342,1 ± 452,9 cas [1-1776]). Le pic de 1776 a été enregistré le 15 août. L’évolution a été caractérisée par 1184 (1,86%) décès et 48 922 (76,70%) guérisons. Parmi les cas dépistés, 13 675 (21,44%) étaient encore actifs et constitueraient un risque de transmission si les mesures de prévention n’étaient pas bien respectées (Tableau 1).

Selon le décompte tenu par le site Worldometers [1] au niveau mondial au 01 septembre 2020 le nombre total des malades COVID-19 était de 25 805 914, l’incidence cumulée pour 100.000 habitants était de 331,1.

  • En Italie, le premier cas a été déclaré le 28 janvier 2020 et le1er décès le 21 février 2020.
  • En France, les dates respectives étaient le 24 janvier et le 19 février. Ce réel décalage temporel doit être pris en compte lors de la discussion de la comparaison.

Rapporté au total de la population, le Maroc a réalisé trois fois (3,83) moins de tests PCR que la France et quatre fois (4,46) moins qu’en Italie. Le Maroc a enregistré une incidence cumulée pour 100 000 habitants des nouveaux cas de la COVID-19 deux fois et demi (2,54) moins qu’en France (172,46 versus 438,00) et deux fois et demi (2,59)moins qu’en Italie (172,46 versus 446,99). (Tableau 1).

Tableau 1 : Situation épidémiologique de la COVID-19, au 01 septembre 2020 au Maroc, en France et en Italie

Evolution quotidienne des nouveaux cas

L’évolution quotidienne des nouveaux cas (Figure 1) est très différente entre les trois pays. Elle dessine globalement des vagues successives plus ou moins longues et plus ou moins hautes (moyennes mobiles des courbes).

  • Au Maroc après les 2 premières vagues pendant les mois d’avril et de mai puis une vague moyenne en juillet (à fin juin) nous avons assisté à partir de la moitié de juillet à une accession continue. Avec en août des chiffres qui dépassent les 1000 par jour avec un pic de 1499 enregistré le 12 août puis un autre pic de 1776 le 15 août !  Peut-être qu’on est vraiment dans le début réel de l’épidémie au Maroc ! (Figure 1).
  • En Italie le maximum de l’épidémie a eu lieu entre moitié mars et moitié mai et une deuxième vague commence à pointer. En France l’évolution était similaire mais avec une ascension progressive et constante depuis moitié juillet, avec une réelle deuxième vague dont le sommet sera plus élevé qu’en avril ! (Figure 1).

Evolution mensuelle des incidences des nouveaux cas

Les évolutions mensuelles des incidences des nouveaux cas sont différentes (Figure 2).

  • Au Maroc il y a eu une progression importante entre mars et avril (6,2 fois plus de nouveaux cas) puis les chiffres ont augmenté en juin comparativement au mois de mai. Le mois de juillet a enregistré une augmentation de près de trois fois. Pendant le mois d’août l’incidence a été multipliée plus de 3 fois. Actuellement au Maroc, on ne peut pas parler de deuxième vague étant donné que nous n’avons pas obtenu une accalmie longue de l’épidémie. Nous sommes toujours dans une phase ascendante.
  • En Italie, le mois de mars a enregistré une multiplication du chiffre des nouveaux cas mensuels par 92,8 fois par rapport au mois de février. De mai à juillet, les chiffres étaient en constante baisse. On aurait pu dire que l’Italie avait atteint un plateau, et avait aplati sa courbe, mais une ascension a eu lieu en août avec triplement de l’incidence mensuelle.
  • En France, la progression entre février et mars a été plus explosive avec un facteur multiplicateur de 520 puis la chute rapide a été similaire à celle enregistrée en Italie, avec tout de même une certaine hausse en juillet. L’incidence en août a été multipliée 4 fois comparativement au moins de juillet (figure 2).

 

Partant de là…

La population marocaine est respectivement 1,7 et 1,6 fois moins nombreuse que la population en France et en Italie. Rapporté au total de la population le Maroc a effectué deux fois (2,17) moins de tests qu’en France et près de 3 (2,72) fois moins qu’en Italie.

Le Maroc a enregistré une incidence cumulée pour 100 000 habitants des nouveaux cas de la Covid-19 deux fois et demi (2,54) moins qu’en France (172,46 versus 438,00) et deux fois et demi (2,59) moins qu’en Italie (172,46 versus 446,99).

La comparaison des incidences entre pays doit prendre en considération le nombre réel des malades. Ce chiffre dépend des définitions épidémiologiques des cas [2-3] et essentiellement du nombre de tests virologiques réalisés. Plus le nombre de tests effectués est grand, plus on enregistre de cas confirmés. Rapporté au total de la population le Maroc a effectué deux fois (2,17) moins de tests qu’en France et près de 3 (2,72) fois moins qu’en Italie.

A mon avis la définition des cas suspects, au Maroc, était trop restrictive au début. Pour être confirmé, par un test virologique, un patient suspect devait répondre à un ensemble de critères épidémiologiques et cliniques et être validé par l’unité de veille sanitaire locale.

Par la suite les tests virologiques ont été pratiqués dans le cadre de la surveillance épidémiologique des cas contacts (au début uniquement pour les cas symptomatiques) et dans certaines unités industrielles ou certaines professions exposées et beaucoup moins chez les malades. Les autres facteurs déterminants sont représentés par les mesures entreprises précocement avec notamment la fermeture des frontières et donc le tarissement des cas importés puis l’instauration des mesures préventives et la prise en charge des cas avec leur isolement et le suivi des contacts puis leur dépistage virologique dans une dernière étape [4, 5, 6]. Ne pas oublier également l’apparition de multiples foyers plus ou moins grands industriels, familiaux ou dans les milieux fermés tel les prisons.

Au Maroc, il semble que la majorité des nouveaux cas enregistrés en juillet (nous n’avons pas de chiffres officiels) soient découverts à la suite du contrôle des contacts ou lors des recherches en milieux professionnels. Je rappelle qu’au début les définitions épidémiologiques étaient trop spécifiques et les tests peu réalisés. Après l’augmentation des laboratoires et le nombre de tests réalisés par jours, la critique s’est faite sur la qualité et le choix des personnes à testées. Le paquet a été mis sur le milieu professionnel et non sur les malades !

Les données concernant les foyers épidémiques (motif de découverte, signes cliniques des porteurs du virus, conditions de travail, conditions de contamination, respect des consignes de sécurité et des gestes barrière) et leur dynamique ne sont pas disponibles pour que nous puissions en faire une lecture critique et en tirer les conclusions adéquates. Le Ministère de la santé public marocain n’est pas très transparent concernant l’information. Celle-ci est plus verbale qu’écrite. Je rappelle qu’un foyer épidémique est un lieu où sont survenus des cas groupés de maladies. Donc il s’agit d’une transmission locale avec des cas groupés. En épidémiologie un foyer de contagion est un ensemble de cas de la COVID-19 qui sont reliés entre eux dans le temps et l’espace.

Ainsi il serait logique de dire que si la Maroc avait doublé le nombre de tests il se rapprocherai des incidences Française et Italienne. Donc nous aurions au Maroc actuellement cumulé au moins 162 003 cas positifs !

Si nous faisons une projection avec les courbes Française et Italienne (figure 1) et si nous partons du postulat que nous avons atteint le sommet de la courbe en fin août nous avons entre 1 mois et demi à 2 mois pour atteindre un chiffre moyen journalier de 50 à 40 nouveaux cas par jour. Donc c’est le début du mois de novembre.

Par ailleurs, on peut affirmer qu’il y a plusieurs épidémies au Maroc. Certaines régions sont plus affectées par le SRAS-CoV-2 que d’autres. Le 01 septembre 5 régions (Casablanca Settat ; Fès, Meknès ; Marrakech Safi ; Rabat Salé Kenitra ; Tanger Tétouan Hoceima) qui représentent 70,29% de la population totale ont totalisé 84,69% des cas.

 

Conclusion

La population au Maroc est 1,6 à 1,7 fois moins nombreuse qu’en France et en Italie.Rapporté au total de la population le Maroc a effectué3 à 4 fois moins de tests que la France ou l’Italie. Il a enregistré une incidence cumulée pour 100 000 habitants des nouveaux cas de la COVID-19 deux fois et demi moins élevée qu’en France ou en Italie.Chaque pays a sa propre dynamique évolutive. Les évolutions quotidiennes et mensuelles des nouveaux cas sont très différentes, chaque pays a sa propre dynamique évolutive. En nous inspirons de ces deux pays on peut estimer que le nombre cumulé des nouveaux cas serait le double actuel soit près de 162 003 et la dégression de la vague actuelle demandera 1 mois et demi à 2 mois. Les études scientifiques sérieuses décortiquant les particularités cliniques, biologiques et thérapeutiques permettront de répondre à de multiples questions. La COVID-19 et son virus le SARS-CoV-2 n’ont pas encore révélé tous leurs secrets.

Dr Saïd EL KETTANI/ Cabinet de Médecine Interne. Settat, Maroc

said.elkettani@gmail.com

https://independent.academia.edu/SaidELKETTANI/Papers

https://www.researchgate.net/profile/Said_Kettani

Mots clés : COVID-19 ; incidence ; létalité ; Maroc ; France ; Italie

Références

(1) https://www.worldometers.info/coronavirus/#countries

(2) Ministère de la Santé. Plan national de veille et de riposte à l’infection par le coronavirus 2019-nCoV version du 27/01/2020.

(3) Mise à jour de la définition de cas et du Protocole de prise en charge des cas de COVID-19 et leurs contacts. Circulaire N.Réf : 038  /DELM/00 du 20/05/2020

(4) Maroc : Le décret-loi n°2-20-292 du 23 mars 2020 relatif à la déclaration de l’état d’urgence sanitaire

(5) Maroc : Le décret n°2-20-293 du 24 mars 2020 qui réglemente l’état d’urgence sanitaire pour endiguer l’épidémie de Covid-19.

(6) Le décret N° 2.20.330 portant prolongation de l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du territoire national

 

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