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Le cancer du poumon tue plus de femmes. Détails avec Dr. Meriem Iraqi Houssaini.

Le cancer du poumon représente la première cause de décès par cancer dans le monde. 80 à 90 % de ces tumeurs sont liés au tabac. Les symptômes, le dépistage, le diagnostic et les traitements sont expliqués en détail par Dr. Meriem Iraqi Houssaini, Cancerologue Oncologue-radiothérapeute.

Saha.ma: D’après certaines études, le cancer pulmonaire est le premier cancer en termes de mortalité, chez les deux sexes au Maroc, en Algérie et en Tunisie, suivi par le cancer colorectal en Tunisie et le cancer du sein en Algérie et au Maroc. Quelles appréciations faites-vous de ces résultats

Dr Meriem Iraqi Houssaini: Oui, effectivement. Selon le registre de Casablanca et celui de Rabat, la localisation la plus fréquente, en considérant les deux sexes, est le cancer du sein qui occupe le premier rang et représente à peu prés 20% des cas enregistrés. Le cancer du poumon occupe le deuxième rang avec une proportion de 11% des cas, suivi du cancer colorectal avec 7% des cas.

La localisation du cancer la plus fréquente chez le sexe masculin est le poumon. Il représente 25% des cas enregistrés, suivi par celui de la prostate puis du cancer colorectal au troisième rang.

En termes d’incidence, le taux est passé de 20,3 pour 100 000 en 2004 à 25,4 pour 100 000 en 2012.

A l’échelle mondiale, les cancers du poumon, et du sein chez la femme, sont les principaux cancers dans le monde en termes de nombre de nouveaux cas.

On estime à environ 2,1 millions le nombre de diagnostics de chacun de ces cancers en 2018.  Malheureusement, le cancer du poumon représente la première cause de décès par cancer dans le monde, il tue chaque année prés de 1,7 millions personnes.

  • Le cancer du poumon était connu comme une maladie d’homme par excellence mais depuis quelques années, il y a plus de femmes atteintes. Est ce que la cigarette y est pour ce constat ou le mode de vie stressant ?

Comme vous le savez,  la consommation de tabac est le principal facteur de risque de cancer du poumon. Elle est responsable de presque 90% des cancers bronchiques. A côté du tabagisme, des expositions professionnelles peuvent être en cause. L’amiante est le plus incriminée.

Ce qu’on a constaté au cours de ces dernières années, c’est que l’incidence du cancer du poumon et sa mortalité tendent à diminuer chez l’homme. A contrario, l’incidence et la mortalité du cancer du poumon continuent de croître côté féminin.

Ces variations s’expliquent par une  diminution du tabagisme masculin et une augmentation du tabagisme féminin et aussi par le décalage entre l’évolution de ces pratiques et l’apparition des cancers liés à ces consommations du tabac, 20 à 30 ans plus tard.

Pour le stress,  les connaissances actuellement disponibles sont contradictoires et ne permettent pas d’établir un lien de causalité direct entre stress et augmentation du risque de cancer. Par contre, il a été démontré que le stress impacte négativement le système immunitaire face aux agressions extérieures.

Avec un système immunitaire défaillant, l’individu serait alors davantage assujetti à développer un cancer.

En plus, il a été démontré que les personnes stressées sont amenées à fumer davantage, à être plus sédentaire ou encore à avoir un régime alimentaire déséquilibré. Ces modes de vie sont des facteurs de risque de cancers.

  • Quels sont les symptômes alarmants?

Plus de la moitié des patients atteints d’un cancer du poumon est diagnostiquée alors qu’il existe déjà des métastases.

Pourquoi ? Parce que le poumon est un organe profond et ses signes de souffrance sont tardifs et très divers. Cela explique que le cancer peut être découvert dans des circonstances variées.

Certains symptômes sont directement en rapport avec la tumeur : gêne respiratoire, toux, expectorations (crachats) sanglantes, bronchite traînante, pneumonie récidivante. Ces signes ne sont pas spécifiques et peuvent être retrouvés dans d’autres maladies.

D’autres manifestations sont liées à une extension locorégionale de la tumeur : douleurs au niveau de la paroi thoracique ou de l’épaule, maux de tête, œdème (gonflement) du visage, du cou et des creux au-dessus des clavicules, turgescence des veines jugulaires, gêne ou blocage à la déglutition, altération de la parole, hoquet…etc

Certains signes sont dus à l’extension métastatique : fatigue, amaigrissement, perte d’appétit, fièvre, mal de tête, paralysies, douleurs osseuses.

En pratique, tout symptôme suspect comme une toux chronique ou du sang dans les crachats doit alerter pour consulter immédiatement un médecin, en particulier si on est fumeur.

  • Plus le diagnostic de cancer du poumon est tardif plus le pronostic n’est pas bon. Comment peut-on améliorer ce pronostic?

Le cancer du poumon est une maladie mortelle donc le moyen le plus sur pour améliorer son pronostic, à mon avis, est de ne pas l’avoir. Donc le meilleur conseil en termes de prévention et également de thérapie est d’arrêter de fumer au plus vite. En effet, on  estime qu’une personne qui arrête de fumer et s’abstient de fumer pendant 10 ans peut diminuer son risque de développer un cancer du poumon de 50%. Certes, le diagnostic tardif assombrit le pronostic de ce cancer. On peut alors améliorer le pronostic en faisant un diagnostic précoce.

Comment ? Tout signe clinique survenant chez une personne – et d’autant plus si elle est ou a été exposée au tabagisme – impose de penser au diagnostic de cancer du poumon et de faire pratiquer une radiographie et/ou un scanner thoracique

et ce, pour poser le diagnostic à un stade le plus précoce possible, pour mettre en œuvre des traitement curatifs, gages d’une survie prolongée.

Une radiographie thoracique normale n’écarte pas complètement l’hypothèse d’un cancer, et il faut poursuivre le bilan avec un scanner thoracique en cas de forte suspicion.

Améliorer le pronostic fâcheux de ce cancer revient aussi à améliorer l’accès aux soins, en particulier dans les pays en cours de développement comme le notre.

Quels sont les types de traitements proposés aujourd’hui pour la prise en charge d’un cancer du poumon, leurs spécificités et les différences entre eux?

La première chose à savoir est que les traitements du cancer sont de plus en plus personnalisés. Ainsi, la prise en charge diffère en fonction du stade de la maladie, du type histologique, de ses caractéristiques oncogéniques et immunologiques, de l’état du patient…etc, et que les décisions thérapeutiques sont prises au cours de réunions de concertation multidisciplinaire réunissant pneumologue, chirurgien, radiothérapeute, radiologue, médecin nucléaire et anatomopathologiste.

Pour le traitement du carcinome bronchique non à petites cellules, la chirurgie est le traitement de choix dans les cancers de stade I et II, et a une place importante pour certains cancers de stade III, en association à la chimiothérapie et la radiothérapie. Une chimiothérapie  et /ou une radiothérapie postopératoires pourront être discutées en fonction de l’analyse des tissus retirés.

Chez des patients pour lesquels le risque de la chirurgie semble trop important, il est possible d’utiliser la radiothérapie stéréotaxique, qui correspond à une irradiation très focalisée sur la tumeur pulmonaire ; son efficacité est équivalente à celle de la chirurgie dans ce contexte.

Pour les tumeurs de stade III non opérables, c’est l’utilisation combinée de la chimiothérapie avec la radiothérapie qui représente le standard du traitement actuel. La plupart des patients peuvent bénéficier d’une immunothérapie après la radiothérapie, pour prévenir le risque de récidive.

Pour les tumeurs de stade IV, c’est à dire associées à des métastases, le traitement est général, utilisant la chimiothérapie, l’immunothérapie, et les biothérapies ciblées. Si la tumeur porte une anomalie moléculaire oncogénique, le traitement repose sur une biothérapie ciblée contre cette anomalie et si la tumeur exprime les marqueurs cibles de l’immunothérapie, comme PD-L1, le traitement repose sur une immunothérapie.

Pour le traitement des cancers bronchiques à petites cellules qui sont malheureusement diagnostiqués au stade métastatique dans les deux tiers des cas, la chimiothérapie associée à l’immunothérapie est en 2020 le traitement de référence.

Le traitement du cancer à petites cellules localisé au thorax repose sur la délivrance d’une chimiothérapie et d’une radiothérapie. Il existe très peu d’indications opératoires dans les cancers à petites cellules.

  • Est ce qu’il ya des chances de guérison du cancer du poumon?

Bien que le cancer du poumon soit une maladie potentiellement mortelle, il ne faut certainement pas perdre courage si ce type de cancer est diagnostiqué.

Grace aux progrès de la chirurgie, aux innovations techniques et à l’élargissement des indications en radiothérapie, ces traitements sont devenus nettement plus efficaces et moins toxiques.

Actuellement, plusieurs autres pistes semblent améliorer la survie des patients, faisant souffler un vent d’espoir dans le domaine. Au cœur de cette nouvelle prise en charge, l’immunothérapie.

Celle ci  consiste à stimuler les défenses immunitaires contre la tumeur et  permet de doubler la survie par rapport aux chimiothérapies classiques. On dénombre 30 à 40% de patients vivants à 3 ou 5 ans, alors qu’historiquement c’était  moins de 5%. L’immunothérapie a moins d’effets secondaires par rapport a la chimiothérapie. Toutefois, sa toxicité est plutôt <<économique >>dans la mesure où elle coûte  excessivement cher et n’est pas encore remboursée  par la majorité des organismes de sécurité sociale a l’instar des nouvelles techniques de radiothérapie.

Propos recueillis par R.Bami

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