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Pourquoi les cas positifs au Covid-19 repartent à la hausse?. Explications du Dr. Said El Kettani.

Les cas positifs au Covid-19 repartent à la hausse depuis quelques semaines notamment avec l’apparition de nouveaux foyers. Docteur Said El Kettani, spécialiste en médecine interne explique dans cet entretien les raisons de cette hausse et l’évolution de la situation épidémiologique dans un contexte de sortie du confinement.

  • Saha.ma: Pourquoi cette hausse des cas enregistrés alors que le pays sort du confinement?

Dr El Kettani: Il est difficile de répondre spécifiquement à cette question. Du 02 mars au 18 juin l’évolution des cas journaliers se caractérisait par une variabilité entre les jours et une ascension régulière jusqu’au 22 avril. Par la suite les chiffres ont évolué en vaques successives dont les sommets étaient de plus en plus bas. Les chiffres enregistrés le 19 et le 20 juin respectivement 539 et 226 cas sont exceptionnels. Les données concernant les foyers épidémiques (motif de découverte, signes cliniques des porteurs du virus, conditions de travail, conditions de contamination, respect des consignes de sécurité et des gestes barrière) et leur dynamique ne sont pas disponibles pour que nous puissions en faire une lecture scientifique et en tirer les conclusions adéquates. Je rappelle qu’un foyer épidémique est un lieu où sont survenus des cas groupés de maladies. Donc il s’agit d’une transmission locale avec des cas groupés. En épidémiologie un foyer de contagion est un ensemble de cas de COVID-19 qui sont reliés entre eux dans le temps et l’espace.
Il semble que la majorité de ces cas soient découverts à la suite d’un dépistage systématique en milieux professionnels ou lors du contrôle des contacts. Les cas récemment découverts ne sont pas des malades à proprement parlé. Nous ne les aurons pas découverts si les analyses n’étaient pas réalisées. C’est la partie cachée de l’iceberg. Y a-t-il un lien de causalité avec le déconfinement ? cette affirmation serait légitime car certains observateurs constatent que pendant le déconfinement beaucoup de citoyens ne respectent pas les consignes de sécurité. Mais on pourrait aussi poser une autre question : Est-ce que pendant le confinement tous les citoyens avaient appliqué de manière efficace les consignes ? Par ailleurs, l’effet réel du déconfinement devrait être jugé à partir de 9 à 14 jours de son début (période d’incubation (d’apparition de la maladie…) et à l’échelle nationale.

  • Et qu’en est -il des autres pays?

Les incidences cumulées des cas de la COVID-19 pour 100 000 habitants en France et en Italie sont respectivement 16 et 25 fois plus élevés qu’au Maroc. Les courbes des évolutions journalières des cas confirmés se ressemblent globalement. Elles différent par la date et l’amplitude du pic. Ainsi les pics sont survenus respectivement en Italie, en France et au Maroc le 21/03/2020, le 31/03/2020 et le 17/04/2020. Les amplitudes des pics étaient respectivement de 6557 cas de 7578 cas et de 281 cas. Par ailleurs la variabilité était plus importante en France (Dents de scie plus grandes).  La recrudescence actuelle observée au Maroc a déjà été observée en France au moins 2 fois mais avec des amplitudes plus faibles (4183 cas le 06/05/2020 et 3325 cas le 28/05/2020) (Figure 1).

  • Est-ce que ce les prémices d’une nouvelle vague sont là ?

Une deuxième vague serait une nouvelle épidémie après une accalmie longue. Or ce qu’on constate même dans d’autres pays c’est la présence de vagues successives dont les amplitudes sont plus ou moins hautes mais qui diminuent avec le temps. Il n’y a pas eu de recrudescence actuelle sur quelques semaines même après le déconfinement en France et en Italie (Figure 1) !. Je donne ici l’exemple de la Tunisie et de la Jordanie si nous observons les courbes des cas cumulés (c’est à dire le total des cas) objectivée dans la Figure 2, nous constatons que la Tunisie a un peu atteint un plateau alors qu’au Maroc et en Jordanie les chiffres continuent de grimper. Mais lorsque nous analysons les évolutions journalières des nouveaux cas (Figure 3) nous constatons qu’en Jordanie la variabilité est trèsimportante avec grossièrement 3 vagues dont la troisième est plus importante que la deuxième. En Tunisie après une diminution nette des chiffres jusqu’au 10 mai avec certains jours zéro cas enregistrés, nous observons 2 vagues successives, la dernière dure depuis le 11 juin. Si on évoque une deuxième vague en automne ou en hiver, je rappelle que SARS-Cov-2 est un nouveau virus et qu’il n’a pas encore délivré tous ses mystères. Donc toutes les hypothèses sont possibles.

Propos recueillis par R.Bami

 

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