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Les clés d’une campagne nationale réussie de vaccination contre la COVID-19

Dr Tayeb Hamdi, Médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé.

Le succès de la campagne nationale de vaccination, c’est son succès à préserver la santé et  la vie des personnes vaccinées, et c’est aussi l’obtention de l’immunité collective (Immunité de groupe, immunité de troupeau, immunité communautaire) le plus tôt possible , pour un retour progressif à la vie normale, grâce à l’implication large et citoyenne d’une grande frange de la population dans le processus de vaccination.

Nous allons exposer dans la présente tribune, les propositions et les conclusions les plus importantes qui se sont dégagées des études scientifiques, pour une campagne de communication efficace et réussie, c’est-à-dire convaincante d’un nombre de citoyens encore indécis, hésitants, réticents ou opposés à la vaccination.

La campagne de communication devrait les rassurer sur la sécurité des vaccins, et les assurer de leur efficacité, ainsi que de l’importance de la vaccination pour préserver leur santé, leur vie et de leurs familles, et pour obtenir une immunité communautaire le plus tôt possible, pour un retour progressif à la vie normale.

La science et les scientifiques ont accompli leur devoir en mettant à la disposition de l’humanité plusieurs vaccins sûrs et efficaces, et non seulement un seul, en moins d’un an après le déclenchement de la pandémie.

Sa Majesté le Roi Mohammed 6, par son suivi personnel et ses directives, a permis à notre pays d’accéder à la vaccination au moment opportun, afin de protéger le peuple marocain d’une manière large et précoce, et à être parmi la pelote des premiers pays au monde dans cette course, sans aucune discrimination entre les citoyens, après avoir adopté la gratuité pour tous.

L’Etat marocain, et en premier le système de santé et l’appareil administratif, ainsi que tous les intervenants, civils et militaires, sont parfaitement préparés pour un grand et puissant travail de gestion du processus de vaccination dans des conditions sûres et rassurantes.

Aujourd’hui, la responsabilité et la solution d’une sortie rapide et sûre de cette crise sanitaire sont entre les mains des citoyens et à leur portée. Il reste néanmoins de notre devoir, en tant que professionnels de santé, en tant que journalistes et médias, en tant que décideurs et acteurs, d’aider nos concitoyens encore hésitants ou réticents à prendre la bonne décision au bon moment, en surmontant leurs peurs légitimes mais scientifiquement injustifiées. C’est le rôle de la campagne de communication et de sensibilisation, qui doit être lancée le plutôt possible.

On va passer en revue succinctement dans cette tribune les clés les plus importantes déduites et tirées d’études scientifiques, de recommandations d’experts et de sondages d’opinions dans quelques pays, pour une campagne de communication de sensibilisation efficace et productive:

  1. Médecins de famille et médecins traitants Incontournables: Afin de renforcer la confiance dans les vaccins et la vaccination, il est nécessaire de mobiliser et d’impliquer les médecins et les professionnels de la santé de proximité, des deux secteurs privé et public, qui entretiennent une relation quotidienne et continue avec leurs patients et leurs familles. Les médecins traitants, les médecins de famille, les médecins généralistes sont les plus proches et les plus près de leurs patients, et les études confirment un haut degré de confiance de la population dans leurs conseils et recommandations.
  2. Transparence totale: les bénéfices attendus de la vaccination doivent être clarifiés, les avantages mis en évidence, et les citoyens doivent être clairement informés du degré d’innocuité et de sécurité des vaccins, prouvées par les études scientifiques et les essais cliniques rigoureux, en toute transparence, sans tenter de nier des effets indésirables éventuels, possibles ou enregistrés.
  3. Une communication positive et non basée sur la peur: les hésitants sont généralement des personnes appartenant à des groupes moins susceptibles d’être exposés à un risque, ou du moins ont cette auto conviction, et sont les plus opposés à la vaccination. La stratégie de communication qui cible les réticents et les opposés, basée sur la peur et les conséquences « horribles » de la non-vaccination est contre-productive. Il est préférable d’axer la communication sur les aspects positifs et les avantages tirés de la vaccination.
  4. Mettre l’accent sur les valeurs de solidarité et l’altruisme: pour ceux qui hésitent ou s’opposent, peu importe à leurs yeux le risque encouru en refusant de se faire vacciner. Sur le plan individuel, ça n’a aucune importance, du moment qu’ils croient que la vaccination pourrait être un acte aventurier ! Ainsi la communication devrait être plutôt axée  sur les bénéfices tirés de leur vaccination , et sur l’importance  de leur contribution à protéger leurs familles et leurs proches, à protéger les plus vulnérables au sein de la population,  de leur apport à cette stratégie d’immunité collective pour faire sortir le pays  et l’humanité de cette crise sanitaire, et la contribution de leur vaccination, en tant qu’individus, à un retour rapide à la normalité de la vie sociale,  à une scolarité sans perturbations, et un redémarrage économique garant de postes d’emploi et de sources de revenus pour les familles . Cibler les jeunes est une condition incontournable.
  5.  Idéaliser le retour à la normalité, à « la vie d’avant »: Rappeler les aspects simples mais profonds de la vie d’avant la pandémie, avant ces mesures barrières et ces mesures territoriales restrictives, sur la simplicité de cette vie, mais sa chaleur, avec ses opportunités sociales, familiales et individuelles, et œuvrer pour accélérer le retour à cette vie dans le plutôt possible, par le biais de l’acquisition d’une immunité collective grâce à la vaccination. C’est dire, autrement, l’importance de communiquer sur le vaccin comme un moyen, comme outil et non comme une fin en soi.  Ne pas se focaliser sur les vaccins eux-mêmes et le processus de vaccination comme une fin. Le but final n’est pas de se faire vacciner, mais plutôt de contrôler l’épidémie, de sauvegarder des vies, de revenir à notre vie d’avant.  La vaccination n’est qu’un moyen pour retrouver une forme de vie qu’on a perdue à cause de ce virus.
  1. Vacciner les leaders, les hommes politiques, les décideurs, les leaders d’opinion, les sportifs, les artistes, les journalistes… au début de la campagne, même s’ils ne font pas partie des groupes prioritaires. Il ne s’agira nullement d’une recherche de privilèges ou de clientélisme, mais plutôt d’un encouragement des citoyens à adhérer largement et rapidement à la vaccination, en renforçant la confiance dans la vaccination, et la crédibilité du discours rassurant.
  2. Une campagne qui ciblerait les professionnels de santé eux-mêmes: Parmi ces professionnels, il y a des indécis, des hésitants, avec qui une communication scientifique devrait être établie, pour contrer les fausses idées, les clichés et les préjugés sur la vaccination. Les médecins sont tenus, sur le plan professionnel, déontologique et légal de dispenser à leurs patients et à la population, des recommandations basées sur les dernières découvertes scientifiques et sur les recommandations des autorités sanitaires et médicales, et non selon leurs propres convictions.  C’est une faute professionnelle de refuser à un patient un traitement ou une orientation scientifiquement prouvée ou recommandée par les autorités sanitaires et les recommandations savantes établies.  Mais cette obligation n’est pas suffisante à elle seule pour que le médecin hésitant s’acquitte honnêtement de son devoir envers le patient en matière de vaccination, s’il a lui-même encore des réticences.
  3. Faciliter l’accès équitable à la vaccination pour tous les citoyens: assurer la gratuité, et aller vers tous les citoyens, où qu’ils se trouvent et quelles que soient leurs conditions.  Faciliter au mieux l’acte de vaccination sans obstacles, ni trop de formalités, sauf celles liées à leur sécurité avant la vaccination, durant et après celle-ci.
  4. Vaccinovigilance: prendre toutes les mesures pour suivre les vaccins et les vaccinés, surveiller les effets secondaires réels ou potentiels, et communiquer régulièrement avec l’opinion publique à leur sujet. Cette transparence est le socle sur lequel on pourrait bâtir et consolider la confiance entre le citoyen, le vaccin et le système de santé.
  5. Lancer et accélérer la campagne de communication et de       sensibilisation avant la campagne de vaccination elle-même: Plus la campagne de communication est précoce, plus l’adhésion de la population est importante.

 

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