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Rencontre de vitavox: Vaccins et méfiance expliqué par Pr Makine Ouazzani Touhami

Alors que la course  pour produire le premier vaccin contre Covid-19 bat son plein de part le monde, le scepticisme à la vaccination ressort une nouvelle fois et se répand. Il n’est pas intense au Maroc mais les parents s’inquiètent et s’interrogent sur l’utilité de la vaccination surtout avec le chamboulement du calendrier vaccinal lors de la période du confinement, indique le professeur agrégé de pédiatrie, Makine Ouazzani Touhami, lors de la première rencontre du Think tank “vitavox- La voix des sciences de la vie” (www.vitavox.ma), dédiée à la vaccination le 29 septembre à Casablanca. Il précise que ce scepticisme se nourrit de la peur des parents des possibles effets indésirables mais aussi de la position de médecins réfractaires et ce, malgré l’argumentation scientifique.

Pr Makine Ouazzani Touhami.

“Le monde est conscient de l’impact considérable de la vaccination qui a permis d’éradiquer plusieurs maladies. C’est l’un des importants progrès de la médecine par ce qu’elle prévient une trentaine de maladies infectieuses et évite 3 millions de décès..Mais elle est victime de son succès. Elle fait face au scepticisme, voire un refus qui est intense dans certains pays “, a indiqué Pr Makine Ouazzani Touhami. Pour lui, il y a aujourd’hui un regain d’intérêt pour la vaccination avec la pandémie du Covid-19 mais les résistances persistent avec pour conséquence un nombre important d’enfants qui ne sont pas vaccinés  contre la rougeole, oreillons, rubéole…. “L’objectif de cette rencontre sous l’intitulé -Vaccination entre réalité et infox- est rétablir la confiance”.  

Ça fait quoi de se faire vacciner ? 

Se faire vacciner, c’est injecter un microbe rendu inoffensif dans l’organisme explique Pr Makine Ouazzani Touhami. “Il ne rend pas malade mais le système immunitaire réagit en produisant des  anticorps spécifiques pour le combattre”, ajoute t-il. Ainsi si une personne tombe malade infecté par un microbe, les défenses immunitaires peuvent le neutraliser grâce aux antigènes dans le vaccin injecté précédemment. Ceci étant, le spécialiste en pédiatrie précise que tous les vaccins n’ont pas une durée identique. Certains protègent à vie et d’autre nécessitent un rappel pour stimuler la mémoire immunitaire.

“Il existe  trois types de vaccins. Les vaccins vivants atténués qui assurent une protection de longue durée parce qu’ils contiennent un agent infectieux vivant, les vaccins inactivés qui comprennent soit un fragment de l’agent infectieux ou la totalité inactivé et les vaccins produits par le génie génétique”  explique le professeur et ajoute que certains vaccins peuvent contenir en quantité infime un agent de conservation ou un antibiotique, des stabilisants qui assurent la qualité du vaccin dans le temps et un adjuvant

L’adjuvant au coeur de la polémique 

Le rôle de l’adjuvant est important selon Pr Ouazzani Touhami, par ce qu’il améliore l’efficacité du vaccin et réduit le nombre d’injections. “L’aluminium est l’adjuvant le plus utilisé dans le monde, dans différents vaccins courants depuis 1926. Il est au coeur de la polémique notamment en France sachant qu’il existe partout dans notre environnement et son utilisation, réglementée dans les vaccins, n’est pas remis en cause par l’organisation de la santé”, a t-il indiqué.

Quid de la vaccination des enfants au Maroc? 

De l’avis de nombreux experts, le Maroc a fait un grand effort en matière de vaccination depuis de longues années avec des campagnes de sensibilisation, des journées et des semaines de vaccination.

“Pour situer l’importance de cette vaccination au Maroc, il y a 600 milles naissances par an et qui devraient être vacciner. 85% sont pris en charge par la santé publique qui démontre l’effort de l’Etat et 15% par le secteur libéral. Ce qui représente un tiers de l’activité dans un cabinet médical”, a précisé Makine Ouazzani Touhami.

La vaccination au Maroc a en effet, permis la réduction de la mortalité, la disparition de certains maladies et l’amélioration du système de santé. Plus en détail. d’après les chiffres du ministère de la santé, grâce au Programme National d’Immunisation, aucun cas de poliomyélite et de Diphtérie n’a été enregistré depuis respectivement 1987 et 1991 et le Maroc a validé l’élimination du tétanos néonatal en 2002.Le nombre de cas de méningites à Haemophilus influenza Type B a été également réduit de 85% depuis 2007. La vaccination a fait aussi régressé la rougeole de 84% et de 86% la coqueluche chez les enfants d’un à 12 mois et a contribué à la réduction de la mortalité infanto-juvénile. Aussi, suite aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé, le ministère de la santé a introduit le vaccin contre la poliomyélite inactivée et a instauré le rappel du vaccin de la rubéole et de la rougeole.

“L’Etat a fait un grand effort notamment avec la prise en charge gratuite de la vaccination mais il est important d’informer davantage sur les vaccins pour éviter les polémiques”, a  souligné Pr Ouazzani Touhami.

Il a aussi expliqué que dans le cadre du Programme National d’Immunisation, la vaccination au niveau des dispensaires est assuré par des infirmiers vaccinateurs. Ces derniers font un travail remarquable avec un nombre important d’enfants à vacciner mais ” ils ont besoin de s’informer davantage sur les vaccins inscrits dans le cadre du programme pour sensibiliser les parents, renforcer leur confiance dans les vaccins et améliorer le déroulement de la vaccination dans les dispensaires”. Le professeur tire même la sonnette d’alarme. Pour lui, l’hésitation vaccinale prend de l’ampleur. Les parents s’inquiètent et posent beaucoup de questions. De fait, selon lui, il faut avoir un discours clair avec les parents sur l’utilité de la vaccination et son rôle dans la disparition de plusieurs maladies redoutables.

D’autres vaccins à mettre en avant..

Professeur Ouazzani Touhami a mis aussi l’accent lors de son intervention sur le vaccin contre la grippe notamment pour les personnes âgées et l’entourage des nourrissons de moins de 6 mois.

“La grippe contamine plus que le coronavirus et le risque de les confondre est important avec notamment des signes qui sont pratiquement identiques.

La vaccination contre la grippe évite de tester de manière régulière et couteuse et surtout évite de charger les structures de santé au bord de la saturation par le Coronavirus” a t-il ajouté.

D’autres maladies peuvent être évité grâce à la vaccination comme le cancer du col de l’utérus très grave et fréquent au Maroc avec le taux le plus élevé dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA). “Il est enregistré 400 milles cas de cancer du col de l’Utérus par an dans les pays en voie de développement et touchent des femmes de plus en jeunes..Le sujet est tabou mais aujourd’hui le vaccin a prouvé son efficacité et il ne provoque pas le diabète. L‘Australie a par ailleurs décidé de vacciner aussi bien les fille que les garçons”, a t-il précisé en insistant sur la communication auprès des parents, des professionnels de la santé et des médias  pour  informer et sensibiliser par des messages clairs, simples et audibles. Il y va de la santé des générations futures.

Bon à savoir

  • Il existe différents types d’adjuvants, comme le phosphate de calcium, l’aluminium, l’émulsion huile-dans-eau, les liposomes… Les doses d’adjuvants présentes dans les vaccins sont très réglementées; les contrôles sont nombreux selon Pr Makine Ouazzani Touhami.
  • Le PNI comporte 13 vaccins pré-qualifiés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dont 12 destinés à l’enfant de moins de 5 ans et 1 pour les femmes en âge de procréer.
  • Le Ministère de la Santé assure gratuitement la disponibilité de 11 antigènes pour la protection de la santé de l’enfant de moins de 5 ans, dans toutes les formations sanitaires à l’échelle nationale pour prévenir les maladies cibles du Programme National d’Immunisation : La Tuberculose; la Poliomyélite; la Coqueluche ;le Tétanos; la Diphtérie; l’Hépatite virale type B, l’Haemophilus Influenza type B, la rougeole; la Rubéole, les infections à pneumocoque; les diarrhées à Rotavirus.

A propos de Pr Makine Ouazzani Touhami

Pédiatre et ancien professeur agrégé spécialiste de la réanimation néonatale, Pr Makine Ouazzani Touhami est membre de l’Association Casablancaise des Pédiatres Privés, de la Société Marocaine des Sciences Médicales, de la Société Marocaine d’Infectiologie Pédiatrique et de Vaccinologie et d’Infovac Maroc. Il est aussi membre fondateur des anciens de la faculté de médecine de Casablanca.

 

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